Laurent Levasseur : “Il serait souhaitable qu’une nouvelle configuration de notre actionnariat se traduise par la naissance d’un leadership”.
A l’issue d’une période difficile marquée par un différend avec les services fiscaux qui s’est finalement résolu en sa faveur, la société de téléassistance spécialisée sur le créneau des établissements de santé s’est fixée trois challenges à relever afin d’accélérer sa croissance, annonce Laurent Levasseur, son président du directoire, au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.
« Il nous faudrait un actionnaire de référence. La répartition actuelle du capital n’est pas un problème, mais cela pourrait le devenir quand nous aurons acquis une taille plus importante. Il serait souhaitable qu’une nouvelle configuration de notre actionnariat se traduise par la naissance d’un leadership », affirme-t-il. Le tour de table est aujourd’hui composé de quatre types d’acteurs qui se partagent grosso modo un quart des titres chacun : les fondateurs, des fonds d’investissement (dont Nextstage, Good value for money, Amundi, etc.), des entreprises comme Hager et Apicil et enfin le flottant sur le marché Alternext de la bourse de Paris.
Le second défi est d’assurer le financement du modèle économique. Par autofinancement, l’entreprise achète des équipements qui sont ensuite distribués aux clients sous forme d’abonnements et services. « Pour franchir une nouvelle étape de notre développement, il faudra mettre en place un système plus proche des ventes », explique le dirigeant.
Le troisième dossier concerne le réseau, c’est-à-dire un accès au marché via des canaux déjà existants comme les banques ou les assureurs.
« J’espère trouver une solution en 2018 et il est même possible que ces trois challenges soient résolus en même temps », déclare Laurent Levasseur, 48 ans, qui a travaillé chez Bull dans la santé puis chez Medasys, éditeur de logiciels dédiés à la santé, avant de créer Bluelinea en 2008.
Premiers jalons à l’international
L’entrée en juin 2016 du groupe allemand Hager dans le capital de Bluelinea (voir ETS n°613) est analysée comme une opportunité de débuter l’expansion internationale. « Nous avons besoin d’une plateforme de services en langue allemande si bien que nous cherchons un partenaire local », affirme le président.
La société travaille aussi à une extension en Belgique et Suisse romande, prévue pour 2018.
Bluelinea, qui a effectué deux opérations de croissance externe dans un passé récent, affirme ne pas avoir de dossier d’acquisitions en cours. En mai 2016, la société avait repris la téléassistance de Protection 24, filiale de BNP Paribas qui disposait de 1 500 raccordements (voir ETS n°611) et un an plus tard l’activité téléassistance de Santé Service, représentant 5 200 raccordements (voir ETS n°634).
Laurent Levasseur espère arriver à une croissance rentable d’ici quelques semestres : « C’est le principal sujet de notre management. Nous ne sommes plus une start-up en hyper-croissance », ajoute-t-il. La société a dégagé une perte nette de 1,84 M€ au premier semestre 2017 pour un CA de 2,74 M€ et a lancé un plan de diminution des coûts portant sur 1,2 M€ sur douze mois (voir ETS n°641). Le CA pourrait atteindre environ 6 M€ en 2017 contre 5,4 M€ l’exercice précédent.
Alors que le marché potentiel est de deux millions de personnes âgées, Bluelinea vise un parc de 100 000 raccordements en 2020 (voir ETS n°624). Elle alignait 18.600 abonnés fin mars 2017 (voir ETS n°631) et 25 660 fin septembre. Laurent Levasseur insiste sur le fait que seuls 15% des appels gérés provoquent un service d’assistance, contre 25% de l’accompagnement technique et 60% un besoin de réconfort. « Les grands télésurveilleurs ne savent pas gérer ces appels qui démontrent une envie d’avoir un échange, alors que nous cherchons au contraire à les valoriser », souligne-t-il. De même, une partie significative des appels émane de personnes handicapées et un accord a d’ailleurs été signé avec l’Association des paralysés de France.
Enfin, un partenariat a été signé avec la Croix Rouge des Yvelines et la résidence Stéphanie à Sartrouville pour le suivi de personnes à leur domicile.