l’événement : Année 2018 en demi-teinte pour la sécurité privée

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Une croissance qui s’est très légèrement accélérée, mais moins d’entreprises rentables et pratiquement pas de créations nettes d’emplois : tel est le bilan en demi-teinte de la profession de la sécurité en 2018, selon les données récoltées auprès de plus de 1 600 sociétés de sécurité et analysées dans notre Atlas 2019 qui vient de paraitre (230 pages).

Les ventes de la filière ont ainsi atteint 29,1 milliards d’€ en 2018, en progression de 3,2%, contre +2,9% l’année précédente. Cette croissance se situe un peu au-dessus de la moyenne de ces dix dernière années (+2,6%), mais nettement en-dessous des années 2016 (+4,2%) et 2015 (+4,3%) qui avaient été marquées par un surcroit de contrats en raison des attentats terroristes de cette période.

Plusieurs activités ont enregistré des performances meilleures qu’en 2017, à commencer par le gardiennage. Ce secteur a en effet progressé de 1,9% en 2018 contre +1,1% l’année précédente. La sûreté aéroportuaire a plus que doublé son rythme de croissance à 4,3% contre +2%, tout comme l’ingénierie de sécurité : +4,3% contre 2,2%. La protection rapprochée — habituée à des évolutions en dents de scie — est clairement revenue en territoire positif à +5,9% contre -9,3% en 2017.

La sécurité électronique a réalisé de bons scores, mais généralement en retrait par rapport à 2017. Le CA de la vidéosurveillance a ainsi été en hausse de 4,3% en 2018 (contre 6,1% l’année précédente), l’alarme anti-intrusion en progression de 4,1% (contre +6%), le contrôle d’accès de +3,6% (contre +5,4%), la télésurveillance résidentielle de 9,6% (contre +12,3%). La décélération est particulièrement forte pour les drones de surveillance, dont le CA a augmenté de 16,9% « seulement » à comparer à un +43,2% en 2017.

L’évolution n’est pas réellement significative dans la sécurité intérieure de l’Etat (+0,5%) et la sécurité incendie (+0,6%), alors que la télésurveillance professionnelle aligne un maigre +1,2%.

Signe que la profession se porte plutôt bien, un seul secteur est en régression : le transport de fonds (-1,9%), affecté par un recul régulier de l’utilisation du cash, notamment en raison de la concurrence du e-commerce et du développement du paiement sans contact.

 

Des entreprises financièrement fragilisées

Néanmoins, tous les clignotants ne sont pas au vert. La rentabilité des entreprises de sécurité s’est en effet détériorée en 2018. Le pourcentage de sociétés affichant des bénéfices a significativement diminué, s’établissant à 64,5% contre 73% l’année précédente et à dix points en-dessous du record historique de 75% en 2016.

Le nombre d’entreprises à l’équilibre financier a largement plus que doublé, passant de 6% à 14,5%. Une évolution inquiétante, car elles sont désormais à la merci de pertes de contrats ou de la moindre décision erronée de la part de leur dirigeant.

En revanche, les sociétés dans le rouge restent au même niveau que l’année précédente à 14%, tout comme celles en faillite (7%). Celles-ci ont d’ailleurs uniquement concerné des petites structures ou un tout petit nombre de poids moyens (Bodyguard par exemple) mais aucun grand groupe à la différence de ce qui s’était produit au début de la décennie. On est en effet bien loin des contre-performances de 2010-2011 durant lesquelles les résultats ont été catastrophiques.

La quasi-totalité des 23 secteurs de la sécurité analysés dans l’Atlas affichent cependant des résultats en retrait : vingt d’entre eux ont abrité moins d’entreprises rentables en 2018 par rapport à l’année précédente. Il s’agit d’une véritable rupture puisqu’en 2017, quinze secteurs sur 23 amélioraient leur rentabilité.

Les trois activités qui affichent de meilleurs résultats sont la cybersécurité, les enquêtes privées et la protection rapprochée.

Dans le gardiennage, principal secteur de la filière sécurité par son poids économique avec un CA dépassant les quatre milliards d’€, la régression est significative : 61% d’entreprises ont été rentables en 2018 contre 68% en 2017 et 70% en 2016.

Le pourcentage de firmes rentables est en nette diminution dans la sûreté aéroportuaire (treize points de moins pour descendre à 71%), la serrurerie (douze points de moins pour arriver à 65%), l’intervention sur alarme (dix points de moins à 73%). Globalement, les performances restent satisfaisantes dans la sécurité électronique (alarme, contrôle d’accès, vidéosurveillance) avec plus de 80% de sociétés bénéficiaires.

Le plus mauvais score revient aux drones de surveillance avec seulement 44% d’entreprises affichant des comptes dans le vert, ce qui souligne l’immaturité de ce secteur où les dépenses de marketing et de R&D sont lourdes alors que les contrats signés ne sont pas encore réellement au rendez-vous. Ce secteur détient d’ailleurs le record du taux de faillites : 14%, soit exactement le double de celui de l’ensemble de la profession.

La fragilité des entreprises résulte largement de la concurrence féroce qui sévit dans la plupart des activités de sécurité. Si les chefs d’entreprise se déclarent optimistes dans leur quasi-totalité, ils sont très nombreux (75%) à penser que les donneurs d’ordre ont relancé la guerre des prix, selon un sondage réalisé par En Toute Sécurité auquel une centaine de dirigeants ont répondu. Et ils estiment pour 76% d’entre eux que cet impact a été fort.

La dégradation des marges des entreprises de sécurité a eu une conséquence néfaste sur la situation de l’emploi : les effectifs de la profession ont progressé de 0,5% seulement en 2018. Les créations nettes d’emplois se sont chiffrées par centaines dans la plupart des secteurs et non par milliers comme cela se produit durant une période plus faste.

 

Des perspectives relativement attrayantes

Les performances 2019 devraient globalement être similaires à celle de l’année dernière. Nos prévisions tablent en effet sur une croissance de la profession du même ordre de grandeur : +3,3%.

La persistance des menaces terroristes et des autres risques devrait inciter à la poursuite des dépenses de sécurité. Plus de la moitié des donneurs d’ordre (53%) anticipe une hausse de leur budget sécurité, selon les données collectées par En Toute Sécurité.

La plupart des 23 secteurs devrait enregistrer une progression plus soutenue de leur CA, notamment les trois principales activités de la sécurité électronique : alarme anti-intrusion, contrôle d’accès et vidéosurveillance. Ce serait également le cas pour la cybersécurité, la sécurité incendie et la sécurité intérieure de l’État.

En revanche, le gardiennage — toujours affecté par une guerre des prix qui parait intrinsèque à son activité — pourrait connaitre un ralentissement pour descendre en-dessous de 1% de croissance.

En se projetant un peu plus loin, on peut d’ailleurs imaginer que l’ensemble de la filière de la sécurité va bénéficier d’une progression assez identique en 2020 (+3,1%).

Compte tenu de ces hypothèses pour l’ensemble de la profession, la santé financière des entreprises devrait rester à un niveau similaire à celui de 2018. Le nombre de sociétés rentables pourrait même augmenter dans la sécurité électronique et d’autres secteurs porteurs comme la cybersécurité ou la télésurveillance résidentielle. La tendance sera probablement plus mitigée dans les activités où la croissance sera moins soutenue comme la sécurité physique (serrurerie, équipements blindés), le gardiennage ou la sécurité incendie.

La situation de l’emploi ne devrait logiquement pas connaitre d’amélioration spectaculaire en 2019.

 

Les budgets sécurité de nouveau en hausse

Une courte majorité de directeurs sécurité (53%) bénéficie de budgets en hausse par rapport à l’année précédente, tandis que 25% disposent d’un montant stable et 21% ont été obligés de réduire leurs dépenses, selon un sondage réalisé par En Toute Sécurité auprès de plusieurs dizaines de directeurs sécurité durant cet été et publié dans notre Atlas 2019.

Il s’agit d’un retournement de tendance, car l’Atlas 2018 faisait apparaitre une majorité de budgets stables, de même qu’en 2017.

Les directeurs sécurité qui annoncent un budget en hausse bénéficient d’une progression assez forte qui avoisine les 10% en moyenne, mais ceux dont le budget régresse indiquent une réduction encore plus forte, de l’ordre de -15%.

La tendance est assez similaire pour les prévisions 2020 : 46% des personnes interrogées affirment que leur budget sera en hausse (avec une progression moyenne de 10%), 37% qu’il sera en baisse (de 5% en moyenne) et 17% qu’il sera stable.

Les chantiers prioritaires des directeurs sécurité sont le renforcement du contrôle d’accès (26%), l’homogénéisation des niveaux de sécurité entre les différents sites (24%), le renforcement de la vidéosurveillance (18%), l’accélération des efforts de formation en sécurité (16%), etc.

Les directeurs sécurité sont moins nombreux à trouver que la qualité de leurs prestataires s’est améliorée, tout en restant majoritaires : 52% contre 65% en 2018.

Ils sont assez partagés sur les réformes qui pourraient intervenir dans la profession en 2019-2020 : 30% pensent qu’il faut mettre en place un vrai continuum de sécurité, 14% sont très dubitatif puisqu’ils affirment que les réformes ne vont pas aboutir, 13% se prononcent en faveur de la création d’une norme de qualité, 10% pour l’autorisation de la reconnaissance faciale, 9% pour l’amélioration des formations en sécurité, 9% pour l’autorisation du port d’arme pour les agents, etc.

 

Les secteurs en 2018 en plus forte croissance . . .

Drones de surveillance +16,9%

Cybersécurité              +10%

Télésurveillance résidentielle +9,6%

Protection rapprochée +5,9%

Vidéosurveillance        +4,3%

Sûreté aéroportuaire   +4,3%

Ingénierie de sécurité et conseil +4,3%

Alarme anti-intrusion   +4,1%

Contrôle d’accès         +3,6%

EPI                            +3,4%

Lutte contre la démarque inconnue +3,2%

 

. . . les moins dynamiques

Téléassistance           +2,5%

Intervention sur alarme +2,3%

Formation en sécurité +2,1%

Gardiennage              +1,9%

Serrurerie                   +1,8%

Equipements blindés   +1,8%

Télésurveillance professionnelle +1,2%

Sécurité incendie        +0,6%

Sécurité intérieure de l’Etat +0,5%

Transport de fonds       -1,9%

Source : Atlas 2019 d’En Toute Sécurité

 

Nos prévisions pour 2019

Drones de surveillance +19,5%

Cybersécurité            +11,2%

Télésurveillance résidentielle +8,5%

Protection rapprochée +6,1%

Vidéosurveillance        +4,6%

Alarme anti-intrusion   +4,4%

Ingénierie de sécurité et conseil +4,4%

Contrôle d’accès         +3,9%

Sûreté aéroportuaire   +3,9%

EPI                            +3,7%

Lutte contre la démarque inconnue +3,3%

Téléassistance           +2,9%

Enquêtes privées        +2,4%

Intervention sur alarme +2,1%

Equipements blindés   +1,7%

Formation en sécurité +1,6%

Serrurerie                   +1,5%

Sécurité intérieure de l’Etat +1,2%

Télésurveillance professionnelle +1%

Gardiennage              +0,8%

Sécurité incendie        +0,8%

Transport de fonds       -2,1%

Source : Atlas 2019 d’En Toute Sécurité

 

 

Patrick Haas – Rédacteur en chef