L’Adit va s’emparer de Geos

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Didier Bolelli; PDG de Geos (à gauche), et Philippe Caduc, PDG de l’Adit, sont en train de finaliser leur accord.

 

Face aux dangers multiformes, et parfois même aux risques concurrentiels, auxquels sont exposés les entreprises se développant à l’international, l’Adit, leader français du conseil en intelligence économique, veut élargir ses missions auprès de sa clientèle, en rachetant Geos, la référence dans l’accompagnement et le développement des entreprises et institutions en zones sensibles.

Avec cette opération, l’Adit (Agence pour la diffusion de l’information technologique) devrait atteindre un CA de 73 M€ avec 500 salariés. De quoi rivaliser avec les géants anglo-saxons du secteur, comme le britannique Control Risks ou l’américain Kroll. Mais surtout proposer une offre globale, dans un domaine où les activités françaises, en matière d’intelligence économique, de sûreté et de diplomatie d’affaire, restent morcelées.

Geos, présidé depuis 2014 par Didier Bolelli, ancien patron de la Direction du renseignement militaire (DRM) et ex-directeur des opérations de la DGSE, était entré en négociations exclusives en juillet dernier avec l’Adit. Celle-ci devrait s’emparer dans les jours à venir de 92% de son capital. Sous réserve de l’accord formel des pouvoirs publics et de la volonté des politiques : l’Agence des Participations de l’Etat détient encore à ce jour 10% de l’agence de conseil en intelligence économique.

Cette opération constitue une évolution stratégique majeure : l’Adit ne veut plus se contenter d’identifier les risques mais désire désormais en protéger sa clientèle. Notamment les entreprises en recherche de croissance dans des zones à fort potentiel, mais dont la sécurité se révèle fortement dégradée. Cette compétence dans le domaine de la sûreté aurait pu être développée en interne, en s’appuyant notamment sur l’expertise et le savoir-faire de Jean-Pierre Vuillerme, vice-président Management des Risques de l’agence, et ex-directeur sécurité du groupe Michelin. Mais face aux inconvénients d’une concurrence 
franco-française sur un secteur d’activité déjà morcelé, le leader français de l’intelligence économique a préféré jouer cette partie à deux, en rachetant Geos.

 

L’Adit accélère sa diversification

L’Agence continue ainsi un parcours initié en 1992 par un décret de Matignon avec la mission de diffuser auprès des entreprises les informations scientifiques et techniques rassemblées par les ambassades françaises à l’étranger. A son arrivée à sa tête en 1994, Philippe Caduc élargit les activités de l’Adit vers le conseil en intelligence économique.

En 2010, les pouvoirs publics décident de procéder à la cession d’une fraction majoritaire de la participation de l’État. C’est ainsi qu’en 2011, le fonds d’investissement Butler Capital Partners entre au capital de l’Adit à hauteur de 66% (voir ETS n°491). Une part qui est reprise en 2015 par le fonds d’investissement Weinberg Capital Partners (voir ETS n°593). Avec l’entrée la même année de BPI France à hauteur de 24% (voir ETS n°598). L’Etat ne conservant que 10% de l’entité qu’il avait créé.

Mais la mutation de l’entreprise ne se limite pas au domaine capitalistique. L’Adit poursuit en parallèle une stratégie de croissance (son CA a été quadruplé depuis 2010 et s’élève à 45 M€ en 2017), basée sur le développement de domaines de compétence. Même si cette démarche nécessite de bâtir de nouveaux domaines d’expertises, tels que la « compliance ».

Aujourd’hui, les missions de l’Adit consistent notamment à identifier les chaussetrappes que présentent les réseaux diplomatiques et de pouvoir, valider des partenaires commerciaux locaux pour éviter tout risque juridique ou de réputation, anticiper d’éventuelles sanctions américaines ou établir des rapports sur des sujets industriels sensibles. Pour mener à bien ses missions, l’Adit, en plus de ses 200 analystes en France, s’appuie sur un large réseau de correspondants à l’étranger : hommes d’affaires, avocats, consultants introduits dans les cercles de pouvoir locaux, diplomates, anciens du renseignement…

 

Geos très présent à l’international

Créé en 1997, le spécialiste de la sécurisation de sites industriels et de la protection rapprochée de délégations ou de diplomates, est présent au Nigeria, en Lybie, au Mexique et en Afghanistan où il protège les réseaux télécoms de l’Otan. Confronté à une croissance mal maitrisée à ses débuts (voir ETS n°460) puis à une stagnation ces dernières années, à plusieurs problèmes de management (voir ETS n°442, 458, 482 et 487), concurrencé par de nouveaux entrants, le groupe a traversé de fortes turbulences ces dernières années. Il a notamment été mis en cause en 2011 dans une affaire d’espionnage au profit du groupe Renault, révélée par le Canard Enchaîné.

Aujourd’hui, Geos réalise un CA de 30 M€, soit un niveau inférieur à celui de 2009. Il bénéficie de 16 représentations internationales, emploie 300 collaborateurs et dispose de 450 références clients dont 30 entreprises du CAC 40. Depuis 2011, le groupe est détenu à 75% par la société d’investissement Halisol et à 20 % par le courtier d’assurances Verspieren (voir ETS n°493).