Hikvision et Dahua suspendus par le Forum ONVIF

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Suite aux sanctions américaines décidées début octobre contre des sociétés de sécurité chinoises qui participeraient à la répression des Ouïghours dans la province du Xinjiang (voir ETS n°684), le forum technique ONVIF a décidé en octobre de suspendre ses travaux avec plusieurs entreprises, dont Hikvision et Dahua.

« Il s’agit d’une décision majeure qui pourrait être fortement préjudiciable pour les deux fabricants et donc redonner un peu de tonus à leurs concurrents américains et européens », souligne le dirigeant d’une société française de vidéosurveillance interrogé par En Toute Sécurité et qui souhaite conserver l’anonymat.

L’ONVIF est en effet un forum industriel mondial ayant pour objectif de faciliter le développement et l’utilisation d’un standard ouvert pour l’interface de produits de sécurité électronique basés sur IP. Cela signifie qu’Hikvision et Dahua ne vont plus avoir accès aux évolutions techniques des standards mondiaux de vidéosurveillance et de contrôle d’accès.

Outre Hikvision et Dahua, leaders mondiaux de la vidéosurveillance, cette décision concerne également Huawei, n°1 de la technologie de 5G, Yitu Technology, spécialiste de la supervision vidéo et de l’intelligence artificielle, de même que Pixel Design et Lorex.

Concrètement, ces sociétés ne pourront plus participer aux comités et groupes de travail chargés de définir l’évolution des standards et d’adapter les produits. Cette mesure « restera en vigueur tant que ces sociétés seront sur la liste noire des entreprises sujettes à sanction qui a été mise en place par le gouvernement américain », affirme l’ONVIF.

« C’est l’avenir des groupes chinois de sécurité électronique qui est en jeu », estime pour sa part un industriel français de la vidéosurveillance. « Dans un premier temps, la décision de l’ONVIF aura surtout un impact psychologique, mais il est possible que des clients se détournent de ces deux marques », ajoute-t-il. Et, en France, la profession sera par exemple très attentive aux résultats des importants appels d’offre actuellement en cours à l’UGAP, la centrale des achats publics.

Le panorama des mesures à l’encontre des groupes de high tech chinois s’étoffe au fil des mois : l’été dernier, un décret américain stipulait l’interdiction faite à plusieurs sociétés chinoises de sécurité d’équiper des agences fédérales comme le FBI (voir ETS n°677). Il s’agissait alors de protéger la propriété intellectuelle du pays et non pas de sanctionner des pratiques concernant les droits de l’homme comme c’est la raison invoquée dorénavant. Début octobre, le Département du commerce a en effet placé sur une liste noire huit entreprises de sécurité pour ce type de motif. Ces sociétés ne peuvent plus importer de matériel ou logiciel provenant des Etats-Unis, sauf dérogation spéciale.

Hikvision, dont le CA mondial a été de 6,9 milliards de $ en 2018, devrait logiquement être moins affecté que Huawei par ces sanctions, car la plupart de ses fournisseurs sont chinois et non américains comme c’est le cas pour le leader de la 5G.