Pour sa première interview après son élection à la tête de l’ADMS en octobre dernier, Grégory Mazzoleni dévoile à En Toute Sécurité ses priorités d’action, analyse ses relations avec les autres organisations patronales et donne son point de vue sur la profession.
En Toute Sécurité – Votre action se situe-t-elle dans la continuité de Danièle Meslier, décédée en octobre ?
Grégory Mazzoleni – J’ai été élu vice-président de Danièle Meslier en septembre dernier. Un mois plus tard à peine, elle nous quittait brutalement. J’ai donc assumé la responsabilité collective qui me revenait et ai repris la présidence de l’ADMS, afin que celle-ci soit en ordre de marche pour la reconnaissance de sa représentativité sociale, devenue effective le 21 novembre dernier. Nous sommes désormais une organisation patronale représentative reconnue par les pouvoirs publics et les partenaires sociaux.
Et nous restons fidèles à l’esprit fondateur de l’ADMS, qui rassemble depuis 23 ans des acteurs de la sécurité électronique et de la sécurité humaine.
ETS – Quelles sont les priorités d’action de l’ADMS ?
- M. – Notre priorité est de permettre aux entreprises de créer de la valeur dans un marché sain. La relation avec nos clients est, aujourd’hui, déséquilibrée en raison du désordre qui règne dans le marché particulier de la surveillance.
Nous souffrons du décalage énorme qui existe entre les déclarations de nombreux acteurs et la réalité de leurs pratiques sur le terrain. Nous avons besoin d’un discours de vérité.
D’abord, nous refusons de demander à l’État de régler notre propre destin, ce n’est pas son rôle mais le nôtre, celui des entreprises et de leurs organisations.
Sur le plan social, il ne peut y avoir de progrès sans progrès économique pour nos entreprises. C’est un préalable fondamental pour l’ADMS.
La branche s’épuise, depuis de longues années, dans des discussions sans fin sur la revalorisation des métiers-repères qui, pour la plupart, ne correspondent plus aux attentes du marché. Rien ne bouge et rien ne peut bouger sans une évolution des mentalités et une transformation profonde de notre modèle économique. Nous devons construire une segmentation du marché et des compétences, en fonction des niveaux de risque. Cela fonctionne dans la sécurité incendie, qui est plus mature. Il faut le transposer à la sûreté.
Concernant la sécurité électronique, nous avons plusieurs préoccupations, comme le modèle économique de la télésurveillance ou la dépendance aux fournisseurs asiatiques.
Nous sommes aussi préoccupés par les perspectives de développement de nouvelles offres technologiques. Comment développer, déployer une technologie si l’on a peur que demain, elle soit interdite, ou si l’on a des doutes sur sa légalité ? Nous avons besoin de mieux anticiper et d’ouvrir des terrains d’innovation plus libres.
Enfin, dans l’ensemble des métiers, nous faisons face à un gros problème de recrutement. C’est toute l’attractivité de notre filière que nous devons développer.
ETS – Quels arguments mettez-vous en avant pour qu’une entreprise adhère à l’ADMS ?
- M. – Nous sommes principalement des entrepreneurs passionnés, nous baignons dans ce métier parfois de génération en génération. Nous voulons bouger les lignes pour retrouver de l’espoir, des perspectives, et surtout, obtenir des résultats économiques. L’ADMS est clairement une maison de proximité au service des entreprises et des entrepreneurs, avec un fort esprit de groupe.
L’autre particularité, c’est que nous venons de prendre notre place dans le dialogue social. Cela nous permet de porter un regard neuf sur la situation issue de trois années d’hégémonie du GES. Nous ne sommes pas comptables de la situation actuelle, qui est très difficile et loin des promesses affichées.
Enfin, l’ADMS porte l’intérêt de ses adhérents dans l’ensemble des instances de la profession : les instances de la branche prévention-sécurité, les instances du CNAPS dès leur prochain renouvellement, les comités de certification du CNPP, les instances liées aux JO 2024, et bien sûr au sein du futur Comité d’orientation stratégique des activités privées de sécurité, placé auprès de notre délégué ministériel Olivier-Pierre de Mazières.
ETS – Quels sont les adhérents de l’ADMS ?
- M. – L’ADMS compte un peu plus d’une centaine d’adhérents, qui totalisent 25 000 salariés et représentent environ un milliard d’€ de CA annuel. Ses adhérents sont principalement des entreprises de surveillance humaine, de télésurveillance et d’installation de systèmes.
Nous poursuivons notre développement en direction des entreprises patrimoniales, qui représentent bien le cœur de notre secteur.
ETS – Comment concevez-vous votre rôle à la FFSP qui vient de changer de président ?
- M. – Le soutien moral et humain que nous a apporté la FFSP, après la disparition brutale de notre présidente, nous a aidé à faire face. Nous sommes donc très attachés à la FFSP.
Alors que Claude Tarlet a transmis le flambeau à Jean-Christophe Chwat et a demandé à tous les membres de le soutenir dans cette décision, nous souhaitons rester fidèles à l’histoire et aux valeurs de la Fédération, fondée par Claude Tarlet.
Nous serons attentifs au respect du principe d’unanimité, garanti par les statuts de la FFSP. Si nous sommes tous d’accord, la Fédération peut porter notre position commune, mais si des désaccords existent, la Fédération ne peut prendre position contre l’un de ses adhérents.
ETS – Quelles relations souhaitez-vous entretenir avec le GES qui vient d’ailleurs d’adhérer à la FFSP ?
- M. – Nous nous réjouissons que nos confrères du GES reconnaissent enfin l’importance de la FFSP, après avoir tenu un discours contraire depuis plus de deux ans. Ce retournement va dans le bon sens. Ne refaisons pas l’histoire, mais cette adhésion aurait dû — chacun le sait — se produire dès la naissance du GES.
Nous entretenons des rapports normaux et constructifs. Nous sommes convaincus que le pluralisme des organisations profite aux entreprises en évitant les excès de position dominante.
Exactement comme pour la surveillance humaine, nous avons la volonté de travailler en bonne intelligence avec les autres organisations de sécurité électronique, qui sont nombreuses et ont toutes leur histoire et leur positionnement propre. Le GPMSE, l’AN2V, l’Anitec font partie des interlocuteurs de qualité avec lesquels nous avons des partenariats naturels.
ETS – Quelle est votre analyse du marché de la sécurité ?
- M. – La réglementation croissante de notre marché a contribué à sa paupérisation en raison, souvent, d’un décalage important avec la réalité économique vécue par les entreprises. La capacité de notre organe de régulation à faire face aux défis qui sont devant nous inquiète de nombreux acteurs. Certains secteurs se montrent, aujourd’hui, très réticents pour entrer dans le champ du Code de la sécurité intérieure. Cela devrait nous inviter à une réflexion de fond.
Les autorités peuvent nous aider à mettre en œuvre des exigences nouvelles, sur le modèle de la sécurité incendie qui est bien normée. Cela permettra une segmentation du marché qui le tirera progressivement vers le haut, tout en restant économiquement réaliste. Cela profitera à la sécurité intérieure, aux parcours de carrière et aux salaires.
ETS – Le continuum de sécurité est-il efficace à vos yeux ?
- M. – L’architecture de la sécurité intérieure, dans laquelle les acteurs privés jouent un rôle, doit évoluer avec son temps. Les groupements de sécurité des bailleurs d’immeubles, qui gagnent de nouvelles compétences, sont un bon exemple pour nous. L’État renforce volontiers le continuum de sécurité s’il traite avec des acteurs qui présentent toutes les garanties. C’est pourquoi nous croyons beaucoup, à l’ADMS, à la reconnaissance de niveaux de compétence et d’expérience.
C’est ainsi que nous pourrons conquérir le respect des forces publiques. Les polices municipales y sont parvenues, nous le pouvons aussi.
ETS – Que pensez-vous de la réforme du CNAPS ?
- M. – Parmi les problèmes identifiés du CNAPS, je retiens surtout l’autonomie trop forte des CLAC qui ont déployé chacune leur doctrine disciplinaire, sans la publier, et dans lesquelles siègent des professionnels qui jugent les manquements de leurs concurrents locaux. Cela pouvait nuire à la confiance dans l’institution. C’est pourquoi l’ADMS a soutenu le projet de centralisation porté par le Ministère de l’Intérieur. Certains de nos confrères voulaient au contraire maintenir les CLAC et nous nous réjouissons que l’État n’ait pas cédé.
Le directeur du CNAPS va concentrer un pouvoir très important en matière de police administrative ainsi qu’en matière disciplinaire, et nous avons toute confiance en le préfet Cyrille Maillet, qui s’est illustré par son éthique et dispose d’une expérience solide de la régulation de notre secteur.
Concernant la commission de discipline, nous sommes satisfaits du maintien d’une instance d’appel interne au CNAPS, avec un appel suspensif.
Avec cette réforme, le CNAPS se voit conforté dans son modèle et dans son rôle.
Tous les problèmes du CNAPS ne sont pas réglés en soi par la réforme, notamment les problèmes de moyens informatiques ou de formation des personnels. Nous, professionnels, n’avons pas et n’avons jamais eu la maîtrise des moyens du CNAPS. Nous ferons néanmoins le maximum pour favoriser une gestion efficace de l’établissement.
Enfin, l’ADMS se prépare à participer activement au fonctionnement des instances du CNAPS lors de leur renouvellement, avant le mois de septembre.
ETS – Votre entreprise de surveillance humaine, Procedo, vient de faire l’objet d’une liquidation judiciaire. Aura-t-elle des conséquences sur votre action à l’ADMS ?
- M. – Il s’agit en effet de notre filiale de surveillance humaine, Procedo Private Security. Nous avons souffert de deux évènements majeurs : la perte d’un marché très important avec un grand ministère qui nous avait fait confiance pendant plus de douze années. Malheureusement, ce marché a été attribué au moins-disant sans que notre long partenariat commun ne pèse dans la décision finale. Le comble dans cette affaire, deux mois après la prise du marché, l’entreprise qui nous a succédé avec une offre très attractive était placée en liquidation judiciaire.
Le deuxième évènement est la dégradation des délais de paiements. Depuis la crise Covid, ils sont passés d’une moyenne de 60 jours à presque 120 jours. Il devenait très difficile, pour ne pas dire impossible, de faire face à notre besoin en fonds de roulement.
Concernant nos fidèles clients et nos 180 collaborateurs, nous sommes ravis que le groupe Mondial Protection ait été choisi pour reprendre l’intégralité de nos activités dans la surveillance humaine. Mondial Protection est un groupe patrimonial français, avec lequel nous partageons les mêmes valeurs. Il est aussi un pilier de l’ADMS.
Procedo a été créée en 1986, une page se tourne, mais l’histoire n’est pas terminée : je vais rester très actif dans le domaine des technologies et du conseil avec nos autres filiales.
Je retiens de cette expérience que nous avons des hommes et des femmes remarquables dans cette profession et qu’il y a urgence à bouger les lignes avec une vision d’avenir en rupture avec le passé.
Concernant les conséquences de cet événement sur l’ADMS, ce sujet sera évoqué dans les prochaines semaines en conseil d’administration. Nous prendrons collégialement les meilleures décisions pour l’avenir de l’ADMS. Je vais agir, comme toujours, à l’écoute des adhérents, dans l’intérêt général.
Ma personne n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est l’avenir et le développement rapide de l’ADMS dont les entreprises patrimoniales ont besoin pour défendre leur avenir.
Propos recueillis par Patrick HaasRédacteur en chef