Fort de son succès en matière de sécurité résidentielle pour les logements sociaux parisiens, le Groupement Parisien Inter-bailleur de Surveillance (GPIS) s’apprête à étendre son activité dans trois départements de la petite couronne. En commençant dès 2022 par la Seine Saint-Denis, avec les Jeux Olympiques de 2024 et ses nombreux projets immobiliers en ligne de mire.
« Cette métropolisation de nos interventions impose cependant une démarche d’investissements majeure. Ce budget sera notamment destiné au recrutement de nouveaux agents et à l’amélioration de leur équipement. Mais surtout au lancement en décembre de l’année prochaine, d’un système d’information de toute nouvelle génération d’un coût de développement évalué à 1,2 M€ », confie Michaël Sibilleau, directeur général du groupement d’intérêt économique (GIE), lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
150 000 logements surveillés
Conçu en 2004 par les principaux bailleurs sociaux parisiens, avec le concours actif de la ville de Paris, pour répondre de manière mutualisée aux problématiques de sécurité et de tranquillité de l’habitat social, le GPIS n’a pas d’activité lucrative, ne dégage pas de bénéfices et n’a pas de vocation commerciale.
Piloté par un conseil d’administration, il dispose d’un budget de fonctionnement de 17 M€ abondé par les bailleurs membres du GIE et par une subvention de la ville.
« Nos équipes, généralement constituées de trois agents, parfois accompagnés d’un maître-chien, assurent ainsi une présence humaine en soirée et dans la nuit sur plus de 150 000 logements— un parisien sur cinq bénéficie ainsi de nos services — lors de rondes régulières pour vérifier le patrimoine immobilier. Mais la moitié de leurs interventions se font à la suite d’appels de locataires afin de résoudre des actes de délinquance », précise Michaël Sibilleau.
A ce titre, leur nombre n’a sensiblement pas augmenté ces dernières années. Les périodes de confinement dues au covid mises à part. « Dans tous les cas nous n’avons pas vocation à faire de l’ordre public ! Nous jouons un rôle de médiation et de dialogue. Nos agents sont équipés de bâtons de défense et de bombes lacrymogène afin de se désengager sans risques dans certaines situations. Et avant de faire appel aux forces de l’ordre si nécessaire. Hors de question dans ce contexte de les équiper d’une arme à feu. Ce qu’ils ne souhaitent d’ailleurs pas. D’autant que nous sommes au service des habitants et intervenons chez eux », ajoute le directeur.
737 opérations en coordination avec la police
Leurs missions ne se limitent cependant pas à celles requises pour un personnel destiné à rester en statique devant un supermarché. C’est ainsi qu’au-delà des obligations légales (obtention d’une carte CNAPS), tous les agents du GPIS, doivent régulièrement suivre des formations de maintien et d’actualisation des compétences (MAC), disposent d’une salle de sport et entraînés par des spécialistes de la gestion de conflit ou de l’approche tactique. Outre leur professionnalisme, ces équipes doivent également être rigoureusement organisées et encadrées. C’est ainsi que l’entreprise a récemment fait appel à Grégory Fraux, ancien du GIGN, pour assurer la mission de directeur des opérations et a nommé un ancien militaire, Denis Muller, à la direction de la valorisation de l’action.
Le GPIS s’inscrit ainsi pleinement dans le cadre d’un continuum de sécurité, incluant une collaboration étroite entre les forces de sécurité publique et les acteurs privés. Ce partenariat se matérialise ainsi par de nombreuses participations conjointes avec les services de police (737 opérations en 2019), avec les équipes de la direction départementale de la sûreté et de la protection de la ville de Paris (DPSP). Et même avec la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris en cas d’incendies, d’inondations ou de fuites de gaz.
« Nos agents ont un statut bien particulier, ayant été reconnus en 2015 par la Cour d’Appel de Paris comme personnes concourant à une mission de service public. Aujourd’hui nous espérons fortement, et serions même ravis, de mettre en place le même niveau de partenariat avec la toute nouvelle police municipale de Paris », affirme Michaël Sibilleau.
30 agents de sécurité supplémentaires
Ce qui n’empêche pas cet ancien gendarme mobile et sous-préfet de militer pour davantage de pouvoir et d’autonomie pour ses équipes d’agents de sécurité privée. « Ils seront ainsi assermentés dans les mois à venir et pourront relever certaines infractions qui pourrissent la vie des locataires comme les nuisances sonores ou les occupations des parties communes d’immeubles », indique-t-il.
Le GPIS en chiffres
- 11 bailleurs sociaux membre du GIE ;
- 180 employés dont 150 agents de sécurité ;
- 60 agents mobilisés quotidiennement ;
- 50 000 missions par an dont la moitié initiée par un appel de locataire ;
- 20 patrouilles par jour ;
- 205 missions par nuit .
Rodé dans la capitale, ce modèle innovant de sécurité privée à missions de service public va aujourd’hui être expérimenté en banlieue. Couvrir ce terrain d’intervention plus étendu, nécessitera tout d’abord le déploiement d’effectifs plus important. C’est ainsi que l’entreprise compte recruter par étapes successives trente agents de sécurité supplémentaires. De même, leur équipement sera totalement renouvelé. Les tenues seront plus discrètes, les gilets pare-balles plus protecteurs, les bâtons de protection télescopiques moins visibles et les véhicules d’intervention hybridés. Ces achats respecteront les codes de la commande publique.
Mais cela ne suffira pas au GPIS pour pouvoir mener à bien ses missions au-delà du périphérique. Confronté à un nouvel environnement d’intervention, l’entreprise va se doter d’un nouvel outil de supervision qui devra répondre à quatre problématiques : un territoire plus vaste à couvrir (trois nouveaux départements), plus de sites sous surveillance (18 000 logements supplémentaires), une plus forte complexité tactique (des nouvelles configurations inconnues par les agents) et plus d’informations à traiter pour répondre aux attentes et à rapporter à de nombreux partenaires.
Un outil basé sur l’IA
Cette plateforme de commandement intégré, dénommée Iris et qui devrait être opérationnelle fin 2022, sera le fruit d’un consortium souverain réunissant les savoir-faire de six PME françaises expertes dans leur domaine. Elle intégrera la plateforme de développement no code d’Ontomantics, le hub de données géolocalisées à l’adresse de Namr, l’outil de modélisation en 3D de Vectuel et l’outil de visualisation de données en graphe de Linkurious. Le tout supervisé par le cabinet de conseil en innovation et data management Ecosys Group. Cet outil informatique permettra notamment d’augmenter la rapidité d’intervention et la sécurité des équipes sur le terrain grâce un algorithme intelligent de routage et d’itinéraire optimisé, associé à une modélisation des environnements avec intégration des flux de vidéosurveillance. Il pourra également restituer rapidement et clairement le contenu des missions aux bailleurs grâce à un outil d’analyse phraséologique et un espace digital personnalisé avec data visualisation. Ou encore d’investiguer, de corréler et de prédire différents phénomènes sécuritaires grâce à un module de représentation des données en graphe. « Nous serons le premier organisme dédié à la sécurité en France à être doté d’un tel outil. », se félicite Michaël Sibilleau.
Reste qu’au-delà de cette surenchère technologique, le GPIS va devoir faire preuve de persuasion, de doigté et de stratégie pour réussir à s’implanter hors du giron parisien. L’entreprise a d’ores et déjà planifié d’occuper graduellement le terrain des citées. En commençant par réinvestir les cours et les halls des logements sociaux généralement délaissées par les bandes durant les périodes estivales. Les entreprises privées vont-elles réussir là les pouvoir publics ont souvent renoncé… ? Affaire à suivre.
Michaël Sibilleau : de la gendarmerie à la sécurité privée
Ingénieur en filière Opérations et techniques de l’École navale, ingénieur financier de l’École nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble, titulaire d’un diplôme universitaire de droit et de sciences criminelles, d’un Master 2 de recherche en sciences actuarielle et financière, Michaël Sibilleau a été officier de gendarmerie mobile et départementale, chargé des partenariats public-privés à la direction du budget, sous-préfet de l’arrondissement de Die, directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire.
Il est ensuite nommé sous-directeur en charge des finances au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), puis directeur de cabinet du préfet de Seine Saint Denis, avant d’assurer la direction générale du GPIS à partir du mois d’août 2020.
Enquête réalisée par
Pierre-Olivier Lauvige