« Le travail des entreprises de sécurité a été bien accueilli par les donneurs d’ordre. Par exemple, l’évacuation des grands magasins du boulevard Haussmann le 1er décembre, qui concernait plusieurs milliers de personnes, s’est déroulée dans le calme, notamment grâce aux agents de sécurité », nous déclare Pascal Pech, président du SNES. Avant les manifestations, un appel à recourir à des sociétés sérieuses a d’ailleurs été lancé auprès des chefs d’entreprise.
La coopération avec les forces de l’ordre semble avoir bien fonctionné, avec des échanges d’information régulières plusieurs jours à l’avance. « Dans les commerces, nous avons souvent été en première ligne, notamment quand la police n’était pas présente sur place. Nous l’avons prévenu pour signaler des pillages et elle est arrivée cinq à dix minutes plus tard », explique Elias Nahra, président de Triomphe Sécurité, leader de la surveillance humaine sur le segment des enseignes de distribution. Il affirme que les dispositifs mis en place se sont révélés « efficaces et dissuasifs », puisque les sites suffisamment protégés par des agents privés n’ont pas été attaqués.
Patrick Senior, président de BSL, regrette cependant que cette coopération sécurité publique-privée ne soit pas systématisée : il souligne par exemple que des agents de sécurité n’ont pas pu rejoindre leur lieu de travail à cause des barrages des forces de l’ordre. Il souhaiterait que les sociétés de sécurité privée bénéficient d’une ligne téléphonique dédiée pour signaler des faits ou transmettre des vidéos aux autorités. Il voudrait aussi davantage de souplesse sur la possibilité pour les agents de sécurité d’intervenir sur la voie publique durant ce type d’événement.
Du côté des donneurs d’ordre, on souligne que les leçons ont été tirées des émeutes du 1er décembre pour mieux préparer les dispositifs lors des manifestations du samedi 8. « Les mesures de prévention adaptées ont été prises si bien que nous n’avons eu ni blessé ni dégâts », souligne-t-on chez Paris Musées qui regroupe quatorze musées dans la capitale.
Du côté des banques, de nombreuses agences ont été fermées durant la journée de samedi et des planches de protection fixées sur les ouvertures.
La coordination entre prestataires de sécurité et leurs clients a été bien organisée dans la plupart des cas. Des cellules de crise ont souvent été montées pour l’occasion.
Des consignes très particulières
Les sociétés de sécurité ont pris la mesure de la gravité de la situation et des risques encourus. La priorité a été donnée d’assurer la sécurité des clients et du personnel.
« Notre encadrement était sur le terrain pour vérifier que les procédures particulières étaient bien appliquées », indique Olivier Aubanelle, président de Commodor Protection, spécialisé dans la sécurité des magasins et hôtels de luxe. Des mesures de confinement ont par exemple été appliquées afin de limiter les risques d’agression et de nombreuses informations ont été communiquées aux clients.
Plusieurs agents de sécurité ayant été blessés au cours des émeutes du 1er décembre, des entreprises de sécurité ont pris des dispositions spécifiques : location de véhicules banalisés en remplacement des voitures au logo de la société de sécurité pour éviter d’attirer l’attention. De même, les agents devaient venir en tenue civile, sans porter leur uniforme de travail. Ils étaient parfois postés dans la rue pour faire entrer ou sortir plus rapidement les clients.
Le service anti-incendie a souvent été renforcé le 8 décembre en raison des nombreux départs de feu constatées dans les boutiques ou divers bâtiments lors des événements du 1er décembre. « Les mesures de sécurité prises ont été assez massives, car c’est une atteinte à l’image de l’entreprise qui était en jeu », souligne Olivier Aubanelle de Commodor Protection. Si des boutiques étaient fermées par décision de la direction ou des autorités, les équipes de sécurité étaient parfois quand même présentes sur place. Néanmoins, les fermetures de sites ont permis de dégager des effectifs pour protéger d’autres bâtiments.
Un volume d’affaires relativement modeste
Selon l’enquête effectuée par En Toute Sécurité, le nombre d’agents supplémentaires mobilisés n’a pas été extrêmement important par rapport à une profession qui compte environ 130 000 salariés. Il a surtout concerné les boutiques et les hôtels de luxe de la capitale et des centres commerciaux en province, y compris dans des villes moyenne comme Rouen ou Le Havre.
Ainsi, Securitas qui ne travaille pas particulièrement sur ces segments de marché n’a pas noté de demande spécifique de la part de ses clients.
Au total, ce sont environ 2 000 agents qui ont été recrutés très ponctuellement sur toute la France. Les prestations se sont en effet étalées depuis le vendredi soir — ou le samedi matin — jusqu’au dimanche seulement. Rien à voir avec le recrutement pendant plusieurs mois à temps plein de 10 000 à 20 000 agents après les attentats terroristes de 2015 et 2016.
Ainsi, Triomphe Sécurité, qui emploie 2 600 agents habituellement, est monté jusqu’à 2 900 pour le weekend du 8 décembre, mais avec des équipes doublées ou même triplées sur certains sites jugés particulièrement exposés.
Les effectifs sont cependant montés entre le 1er et le 8 décembre : Commodor Protection a fait appel à 30% d’agents supplémentaires lors du premier weekend de décembre et à 50% de plus lors du second.
A noter le développement de prestations de surveillance sur le modèle Uber, notamment par la société GuettGuard, lancée par Patrick Senior en 2016 (voir ETS n°606 et 618). « Nous avons géré des demandes provenant de particuliers pour surveiller des voies privées ou des entrées de domicile », indique-t-il.
Enfin, l’attaque de Strasbourg le 11 décembre a provoqué des demandes supplémentaires dans cette ville mais pas ailleurs et notamment pas à Paris où les dispositifs étaient déjà très renforcés.
Enquête réalisée par Patrick Haas, Rédacteur en chef