Gilets Jaunes : la sécurité privée dans les rues de Montpellier

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André Deljarry, président de la CCI Hérault (à droite), a cherché à rassurer les commercants du centre-ville en recrutant 130 agents le 16 février.

Pour la première fois en France, une chambre de commerce a recruté des agents de sécurité privée pour protéger des commerces lors d’une manifestation qui pouvait être violente : c’était le samedi 16 février dernier à Montpellier.

« Il n’était aucunement question de suppléer les forces de l’ordre, mais d’apporter une réponse complémentaire en dissuadant les manifestants de s’en prendre à des commerces tout en facilitant l’accès des clients et en rassurant les commerçants. On peut dire que l’opération a très bien fonctionné », déclare André Deljarry, le président de la CCI Hérault, au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.

Le contrat d’un montant de 24 000 €, remporté par le groupe Nicollin (lire encadré) et financé à 100% par la CCI Hérault, a porté sur 130 agents encadrés par quatre coordinateurs et une équipe de la CCI, de 12h30 à 19h30, dernier samedi des soldes.

« Comme nous étions en situation d’urgence et que le montant était inférieur à 25.000 €, nous n’avons pas fait d’appel d’offres, mais un simple appel à devis », explique André Deljarry. Trois sociétés de sécurité y ont répondu.

 

Pas d’agents de sécurité sur la voie publique

« Les agents n’étaient ni sur la voie publique ni à l’intérieur des magasins, mais sur le pas de porte avec une consigne très claire : ne pas intervenir en cas d’attaque du site dont il assurait la protection », souligne le président de la CCI Hérault qui est aussi premier vice-président de la CCI Occitanie.

La question a été examinée dès la fin janvier et le préfet a été prévenu de cette opération lors d’une réunion le 1er février. Celui-ci a communiqué à la CCI, qui a le statut d’EPA (établissement public à caractère administratif), ce qu’il était interdit de faire pour des agents de sécurité et comment procéder concrètement. « Je pense qu’il était sceptique avant l’opération, mais content après », estime-t-il. Sur le terrain, il n’y a pas eu de concertation avec les forces de l’ordre.

« Le centre-ville a été le théâtre de dégradations durant trois samedis de suite les semaines précédentes et nous assistions à une lente asphyxie de son activité économique et commerciale. Au regard de la poursuite du mouvement, il était temps de réagir, car les commerçants — dont 70% sont des indépendants — ont subi des baisses d’activité de 30 à 40% durant ces journées », explique André Deljarry. 

Sauf dans deux lieux précis, les commerces sont restés ouverts toute la journée du samedi 16 février, ce qui n’avait pas été le cas durant les manifestations des semaines précédentes. Aucun incident entre agents de sécurité et Gilets Jaunes n’a été constaté. Il a été décidé qu’il n’y aurait pas d’agents de sécurité groupés devant un magasin, mais un seul devant deux ou trois points de vente. Les dégâts dans le centre-ville ont été moins importants que les samedis précédents, assure le président de la CCI.

« Selon une première enquête, cette opération a été plébiscitée par plus de la moitié des commerçants », ajoute-t-il. Elle n’a pas été reconduite le samedi 23 février le temps de tirer les leçons de cette initiative. « S’il le faut, nous remettrons en place le dispositif », précise-t-il.

André Deljarry affirme qu’il a déjà été contacté par deux CCI pour mieux connaitre les modalités de cette opération : celle du département du Gard et celle de la ville d’Evry, en région parisienne