Gilles Sacaze : “Nos clients ont quitté l’Irak, ce qui nous avait fait perdre 30% de l’activité”.
Suite aux difficultés politico-économiques qui ont mené le holding Gallice Group à sa mise en liquidation judiciaire début 2015 (voir ETS n°582), la société de services de sécurité et de défense a redéployé ses activités à partir de deux entités (l’une en France, l’autre en Irlande), réalisant au total 6 M€ de CA. « Il n’y a plus de liens capitalistiques entre les deux structures », confie Gilles Sacaze, fondateur et toujours dirigeant du groupe, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
Créée en mars 2007, la PME s’est heurtée à une crise de croissance qui l’a fortement éprouvée au début des années 2010. Au-delà des difficultés structurelles, Gallice a dû faire face à une forte contraction de ses principaux marchés. D’abord en Irak où l’entreprise assurait la protection de sites industriels. « Avec la création de l’Etat Islamique en Irak, tous nos clients ont brutalement quitté le territoire, entrainant un arrêt total de notre activité et une perte de 30% de notre CA », déclare Gilles Sacaze.
Concurrence des sociétés anglaises et chinoises
Deuxième coup dur : l’érosion régulière de l’activité dédiée à la protection armée des navires. « Confronté à la concurrence de sociétés anglaises, ou même chinoises à bas coûts de main-d’œuvre, nous avons essayé de résister en montant des équipes mixtes, composées de Gurkhas indiens et d’anciens commandos marines, mais cela n’a pas suffi à enrayer une baisse supplémentaire de 20 à 30% de notre activité », ajoute le dirigeant. Enfin, Gallice a été fragilisé par la mise en examen de l’un de ses dirigeants, Frédéric Gallois, ancien patron du GIGN, pour un contrat passé avec l’Etat malien. « Frédéric Gallois et le GIGN font partie de l’ADN de Gallice. Cette affaire a également profondément porté préjudice à la société. Je sais que Frédéric n’a rien commis d’illégal et j’ai confiance en la justice de mon pays qui, in fine, reconnaitra son innocence. Mais le mal est fait… », confie Gilles Sacaze.
Gallice veut se reconstruire à partir de ses filiales : la société s’est astreinte à une profonde réorganisation pour s’adapter aux contraintes concurrentielles, politiques et économiques. C’est ainsi que la société irlandaise se consacre à son activité historique, mais extrêmement sensible : l’activité en armes et notamment le conseil et la formation pour les clients étatiques.
Sécurité des grands événements
Cette activité a pris son indépendance en 2015 par la vente des participations anciennement détenues par la holding française Gallice Group aujourd’hui liquidée. Elle a bénéficié d’un refinancement par l’entrée dans son capital d’Antony Marchand, ancien commandant en second du GIGN, ancien conseiller stratégique pour Gallice auprès des autorités gabonaises. Il codirige aujourd’hui la société irlandaise avec Timothy Carthy, ancien manager senior chez Arthur Andersen.
Anthony Marchand a opéré une profonde réorganisation en faisant une nette distinction entre les services aux entreprises et le conseil aux États. Notamment sur le continent africain où Gallice n’a cessé d’être très actif et en Irak où l’entreprise travaille actuellement pour se réimplanter dans son cœur de métier : la coopération privée en matière de défense et de sécurité intérieure et tout particulièrement en matière de formation d’unités d’intervention et de contre-terrorisme.
La société s’est également développée dans l’accompagnement des Etats dans l’organisation sécuritaire de grands évènements internationaux : Coupe d’Afrique des Nations 2013, puis 2017, Jeux Africains à Brazzaville en 2015. Dans ce champ d’action, Antony Marchand a élargi l’offre de conseil aux États, au-delà des domaines traditionnels de la défense, de la sécurité civile et de la sécurité intérieure. Gilles Sacaze reste le président d’honneur et associé à hauteur de 35% du capital de cette société qui a été au démarrage de Gallice.
Concernant la France, la société Gallice France, toujours adossée à son associé historique, le groupe de gardiennage Centaure France, porte 100% des trois filiales françaises : Gallice Protection (protection physique des personnes) ; BS3I (Intelligence économique, protection de l’information et lutte contre la fraude) ; LVP – transport et protection banalisés de valeurs (cash, œuvres d’art, bijoux, produits de luxe et supports d’informations stratégiques). Gallice France porte également sa propre offre commerciale et propose des prestations intellectuelles telles que l‘ingénierie de sûreté, le pilotage de projet, l’audit sûreté, des formations sur le terrorisme. Gallice France travaille notamment pour des Etats, organisateurs de grands évènements, parcs de loisir, centres de recherche, sites industriels, grande distribution, etc.
Cette réorganisation a peu affecté l’équipe de management de l’entreprise, où sont toujours présents les quatre co-fondateurs. Gallice France est ainsi aujourd’hui dirigée par Gilles Sacaze, accompagné de Gilles Maréchal, dirigeant de BS3I, de Luc Vaireaux, dirigeant associé, ainsi que de Philippe Davey, dirigeant de Groupe Centaure qui avait repris certains actifs en 2015 (voir ETS n°591). Le départ de Frédéric Gallois en août dernier pour prendre la direction de la sûreté du groupe Ortec (voir ETS n°636) n’est pas lié à cette nouvelle organisation, assure Gilles Sacaze.