G4S Secure Solutions France a été exclue de l’appel d’offres du contrat du Département d’Etat Américain en France qui porte notamment sur la surveillance des locaux de l’ambassade à Paris.
Cette information figure dans un courrier de la direction générale de la filiale française daté du 15 mars, signé par Ronald Engels, président, Bruin Bourgois, directeur général et Olivier Jouve, directeur des opérations, dont En Toute Sécurité a obtenu une copie.
Sollicitée par la rédaction d’En Toute Sécurité, la direction de G4S en France n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.
G4S Secure Solutions France a « déposé une protestation formelle contre cette décision et communiquera davantage lorsqu’il y aura plus de clarté à ce sujet. Jusqu’à nouvel avis, nous réaliserons parfaitement nos opérations qui devront se poursuivre comme avant », indique le document.
Ce contrat, dont G4S est titulaire depuis 2012, porte sur un montant proche de 15 M€ par an et mobilise plus de 300 agents, pour un coefficient de rémunération de premier niveau de 210. Il concerne la surveillance de l’ambassade à Paris, des cinq consulats installés en France, de divers locaux dans la capitale et en province, ainsi que la protection des cimetières militaires datant de la première et seconde guerre mondiale. Ce contrat représente l’essentiel de l’activité de la filiale française du groupe britannique : elle a en effet réalisé un CA 18,65 M€ en 2021, assorti d’un bénéfice net de 0,64 M€, avec des effectifs de 359 salariés. La filiale française a cherché à diversifier sa clientèle, notamment dans les établissements de luxe, mais cette stratégie n’a pas été vraiment concluante.
Le courrier interne explique le processus qui a conduit à l’élimination de G4S de cet appel d’offres emblématique. Comme c’est le cas dans chaque pays pour ce contrat avec le Département d’Etat, le groupe précise qu’il répond par l’intermédiaire de trois entités : G4S Secure Integration LLC, G4S Secure Solutions International et le G4S local. La procédure prévoit le dépôt de l’offre dans le système d’information du gouvernement fédéral américain baptisé SAM (System for award management) qui n’enregistre qu’une seule entité. Une récente décision a été prise selon laquelle l’entité soumissionnaire doit avoir son propre enregistrement SAM distinct et donc G4S Secure Solutions France a été exclue de « toutes participations ultérieures » à l’appel d’offres.
Accusation de la justice américaine
Au-delà de ce problème d’enregistrement administratif, on peut s’interroger sur les raisons d’une telle décision. Il faut peut-être y voir la conséquence des accusations de la justice américaine à l’encontre de G4S (et de Seris aussi d’ailleurs) concernant des trucages d’offres au cours de l’été dernier (voir ETS n°725). G4S Secure Solutions NV a décidé de plaider coupable, de payer une amende de 15 M$ et de coopérer à l’enquête menée par le FBI.
Ce dossier concerne des contrats du Département de la défense des Etats-Unis portant sur des prestations de service de sécurité pour des bases et installations militaires en Belgique, de même que des locaux de l’Otan. G4S et Seris ont été accusés par un grand jury fédéral de « complot visant à fixer les prix, à truquer les offres et à allouer des clients ». Selon la loi Sherman, les accusés encourent une peine maximale de dix ans d’emprisonnement et une amende de 1 M$ pour les particuliers et d’une amende de 100 M$ pour les entreprises.