On les croyait moribonds… Ils affichent désormais une santé resplendissante ! Frappés de plein fouet par la crise du Covid, les parcs d’attractions français investissent massivement pour rattraper le temps perdu. Les confinements et les restrictions avaient privé les parcs de près 50% de leur public en 2020, l’année suivante, la chute se situait autour de 25%. Ils entendent profiter au mieux de ce retour en grâce, sur un secteur fortement concurrencé…
A la tête de cette course aux nouvelles attractions, sans délaisser la sécurité qui constitue un élément clé de l’attractivité de ces temples dédiés au délassement et au loisir, des petits comme des grands : le Futuroscope.
« La Compagnie des Alpes, qui détient 80 % des actifs du parc, a su maintenir en avant ses projets de développement, malgré les conséquences de la crise sanitaire sur notre activité. Et n’a pas renoncé à son plan Vision 2025 annoncé il y a deux ans », explique Michel Bouin, directeur de la sécurité-sûreté et du management des risques, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
Un budget sécurité annuel de 3 M€
300 M€ avaient ainsi été mobilisés pour développer plusieurs projets. Un hôtel 4 étoiles, le « Cosmos » reproduisant une base spatiale située sur une planète très lointaine. Le restaurant « Space loop », où les plats commandés sur un écran tactile sont livrés via un réseau de toboggans. Un parc aquatique d’une nouvelle génération, mêlant eau et images numériques. Et une salle de spectacles, l’Arena Futuroscope (6 200 places), qui accueille déjà des invités prestigieux, dont un concert d’Angèle le 6 mai dernier.
Ces évolutions, qui devraient être finalisées en 2025, porteront la surface du parc de 45 à 68 hectares, augmenteront la fréquentation actuelle estimée à 1,8 million par an, de 650 000 visiteurs supplémentaires, et imposeront nécessairement de nombreux investissements en matière de sûreté, sur un budget actuel de 3 M€ par an, dont la majeure partie est monopolisée par le contrôle réglementaire.
« Les risques sont multiformes. Nous ne sommes pas trop touchés par les phénomènes de bandes de jeunes, du fait de notre éloignement des grands centres urbains. D’autant que notre clientèle se compose essentiellement de familles », explique-t-il. « En revanche, nous devons sans cesse veiller à l’irresponsabilité de certains visiteurs qui, pris par l’émotion des attractions, redeviennent parfois des enfants, et ne prennent plus garde aux consignes de sécurité. Nous devons également constamment nous prémunir des risques incendies propres aux infrastructures et aux bâtiments recevant du public. Mais c’est la menace terroriste qui demeure notre préoccupation majeure. En matière d’intrusion, nous restons donc dans une posture ”Vigipirate” et toute personne entrant sur le site, visiteur comme salarié, est systématiquement contrôlée en passant lui-même sous un portique de détection et ses bagages sous portique de sécurité », ajoute Michel Bouin.
Pas de barrière entre sûreté et protection incendie
Afin de se prémunir au mieux de la totalité des risques, le département dirigé par Michel Bouin se compose de deux bureaux. Le premier, dédié à l’exploitation, s’occupe à la fois de la sûreté et de la protection incendie. « Je ne fais pas de différence. Et je tiens à ce que chacun des agents qui la compose, puisse faire les deux. Cela ne pose aucun problème en termes de réglementation, car ils disposent tous d’une double certification. Ce qui nous permet de bénéficier d’une plus grande flexibilité en matière d’attribution des tâches », affirme le directeur sécurité.
Ces équipes doivent en effet être présentes 24h/24. Elles doivent notamment s’assurer avant l’ouverture du matin que tout fonctionne bien : des systèmes d’incendie, jusqu’au bon fonctionnement des portes d’évacuation. Et vérifier que personne ne reste dans le parc le soir. Deux patrouilles de deux agents parcourent de même en permanence les allées du site durant les heures d’ouverture et interviennent en cas d’incident à la demande du PC sécurité. Tous sont polyvalents, peuvent gérer un début d’incendie ou des problématiques d’incivilité. Ils peuvent aussi épauler si nécessaire une seconde équipe d’agents exclusivement dédiés au contrôle des accès au site lors d’un pic de fréquentation.
Le deuxième bureau est dédié au management des risques. Ses agents assurent les contrôles réglementaires, la mise à jour du document unique, s’occupent de la santé et de la sécurité au travail. Et peuvent gérer de manière autonome un accident visiteur en relation avec le 15.
Pas question pour le directeur sécurité du Futuroscope de sous-traiter ces prestations, qu’il considère comme essentielles à l’ambiance et à l’image du parc. « C’est la volonté du président et je le rejoins pleinement sur ce point. L’agent de sécurité est bien souvent le premier collaborateur du Futuroscope qu’un visiteur va croiser. Ce doit être également le premier sourire. L’humeur, et peut-être le souvenir d’une bonne ou d’une mauvaise visite pour une famille, dépendra de cette première rencontre. Pour cette raison, la totalité de nos agents bénéficient d’une formation maison, d’une durée de deux jours à un mois en fonction de leur formation initiale. Nous piochons dans le vivier des nombreux établissements de la région qui forment à la sécurité. Nous prenons leurs élèves dans un premier temps en stage et leur apportons le complément de formation nécessaire avant de les embaucher », explique Michel Bouin.
Pas de surenchère technologique
Même quête d’excellence en matière de moyens techniques dédiés à la sécurité. Pas de surenchère technologique cependant, dans ce temple pourtant dédié à l’innovation. « Notre réseau de vidéoprotection, composé d’une centaine de caméras, est doté d’un système d’analyse des comportements. Il est ainsi programmé pour détecter une personne enjambant un portail. Mais n’intègre pas d’intelligence artificielle pour l’instant. Ce qui ne nous empêche pas de regarder l’évolution de cette technologie qui manque encore de fiabilité », estime le directeur sécurité.
De même, chaque collaborateur dispose d’un badge personnalisé, lui permettant l’entrée sur le site, ainsi que l’accès aux seules zones nécessaires à l’exécution de ses tâches.
On constate cependant peu de problèmes de radicalisation du personnel dans ces zones éloignées de toutes grandes métropoles. Ce qui n’empêche pas la direction sécurité du parc de se préparer au pire des scénarios. « Nous assurons régulièrement avec les pompiers et la gendarmerie, notamment l’antenne locale du GIGN, des exercices de simulations de crise sur site », révèle Michel Bouin. Cela leurs permet notamment de s’entraîner in situ sur cet immense terrain de jeu et de bien connaître la configuration du site. En cas de problème, ils n’auront plus de questions à se poser.
Les liens avec les autorités locales ne sont également pas négligés. « Nous rencontrons régulièrement le préfet et sommes en contact direct avec son directeur de cabinet » assure le directeur sécurité. Une relation privilégiée par le statut de l’entreprise reconnue comme le plus grand employeur du département.
Michel Bouin : de la gendarmerie aux manèges
Ancien colonel de gendarmerie, et grand amateur de sports automobiles, Michel Bouin a longtemps assuré la présidence de la commission de sécurité des rallyes depuis la création de la fonction en 2010.
Membre de l’Agora des directeurs sécurité, il assure la direction de la sécurité, sureté, et management des risques du Futuroscope depuis janvier 2017.
Le Futuroscope en chiffres
1er parc d’attractions inauguré en France (en 1987) ;
1er site touristique de la Région Nouvelle-Aquitaine ;
1,9 million de visiteurs en 2019 (dernière année avant la fermeture durant la pandémie) ;
105 M€ de CA ;
40 attractions ;
1 500 emplois soutenus dans la Vienne, 3 300 en France ;
38 € le billet d’entrée adulte (13 ans et +).
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige