Frédéric Gauthey : une nouvelle impulsion grâce au GES

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Pascal Pesh (SNES) et Claude Tarlet (USP) passent le flambeau à Frédéric Gauthey, élu président du GES le 5 juin.

Journée historique à Malakoff : c’est en effet dans une banlieue du sud de Paris qu’est né le 5 juin le Groupement des Entreprises de Sécurité (GES), mettant fin à seize ans de relations souvent conflictuelles entre le SNES et l’USP.

Dans la foulée du vote des résolutions nécessaires à la création de la nouvelle organisation, Frédéric Gauthey, directeur général de Prosegur Security France, membre du collectif Urgence Sécurité, adhérent à l’USP et au SNES, a été élu président pour un mandat de six mois maximum, le temps de régler quelques dossiers urgents. Il s’agit tout d’abord de liquider dans les faits l’USP et le SNES, ce qui devrait être juridiquement le cas fin juin et passe notamment par le licenciement de leurs salariés.

Il faudra aussi débuter les démarches pour assurer la représentativité du GES et remettre en route le dialogue social, actuellement en panne.

 

La nouvelle équipe constituée

A noter que Frédéric Gauthey, qui était le seul candidat à se présenter, n’a pas été élu à l’unanimité : six membres sur 28 du conseil d’administration ont voté contre sa candidature. Sachant que tous les dirigeants issus de l’ex-SNES ont affirmé avoir voté pour lui, il s’agit donc d’ex-membres de l’USP. Pour sa part, Claude Tarlet, président de l’ex-USP, n’a pas assisté à cette réunion du conseil d’administration.

Elias Nahra (Triomphe Sécurité) a été élu président du collège des entreprises de grande taille, Mourad Chenaf (Octopus Sécurité), président du collège des entreprises de taille moyenne et Abdelhamid Faddeoui (Aetos Protection). Pour sa part, Frédéric Laisney (Challancin Prévention et Sécurité) a été choisi comme trésorier et Luc Guilmin (Securitas France) comme trésorier adjoint.

On remarque un certain équilibre entre les membres venant de l’USP et ceux qui étaient adhérents du SNES. A commencer par Frédéric Gauthey, symbole de ce rapprochement, puisque Prosegur, un des piliers de l’USP, a décidé d’adhérer également au SNES au début de cette année pour accélérer le processus de rapprochement à un moment où il semblait marquer le pas.

On peut également constater l’arrivée de Luc Guilmin à un poste relativement secondaire dans l’organisation, alors que Michel Mathieu, son prédécesseur à la tête de Securitas France occupait un poste de vice-président de l’USP avant la démission spectaculaire de son entreprise fin 2015 (voir ETS n°599 et 601). Si Elias Nahra et Frédéric Laisney occupaient déjà des responsabilités syndicales — au SNES —, on voit émerger d’autres personnalités dans cette nouvelle équipe, notamment Mourad Chenaf et Abdelhamid Faddeoui.

Quelques instants après l’élection de Frédéric Gauthey, Claude Tarlet a déclaré à En Toute Sécurité qu’il souhaitait la réussite de la nouvelle organisation, un projet qu’il a « défendu depuis de longues années, sans avoir été toujours entendu ». De son côté, Pascal Pech, président de l’ex-SNES, a préconisé une « convergence des actions en prenant le meilleur de chacune des deux organisations ».

Devant les membres du GES présents après son élection, Frédéric Gauthey a prononcé une courte allocution pour annoncer sa volonté de « redorer le blason d’une profession en danger, qui n’est pas respectée par l’Etat et continue de s’enfoncer dans un marasme financier en raison de pratiques douteuses ».

« Nous devons arrêter de subir : nous devons valoriser notre savoir-faire et être une force de proposition vis-à-vis de l’Etat en pesant de tout notre poids », a-t-il-insisté. Il a appelé à « ne plus regarder le passé » et a condamné les « divisions stériles et néfastes ».

 

Le président de toutes les entreprises

Frédéric Gauthey s’est présenté comme le président de toutes les entreprises, « quelle que soit leur taille, dès lors qu’elles respectent la réglementation, même face à la voracité des services achats des donneurs d’ordre ».

Concernant la situation sociale il a trouvé « scandaleux qu’une profession para-régalienne compte deux échelons de salariés flirtant avec le SMIC ». Il a condamné la sous-traitance en cascade et a énoncé les autres chantiers pour lesquels il faut se montrer « ambitieux » : la place des travailleurs handicapés, la formation, le rôle des sociétés de sécurité lors des Jeux Olympiques de 2024.

« Nous n’avons pas le droit à l’erreur », a affirmé le président du GES, en guise de conclusion lors de sa première intervention, le jour de son élection.

Un premier conseil d’administration du GES s’est tenu le 11 juin et Frédéric Gauthey a voulu montrer son implication en annonçant son intention de participer à la prochaine commission paritaire sociale qui doit se tenir le 21 juin. 

 

 

Une histoire à épisodes

1992 : création du SNES par la fusion du SNEPS et de la FFOPS, présidé par Claude Lévy, puis par Claude Tarlet de 1996 à 1999. Création de l’UFISS, union fédérale rassemblant des organisations de la surveillance humaine (SNES et Prosecur), de la télésurveillance (Snet et Synial), du transport de fonds (Unival) et de la formation professionnelle (Snofops).

1998 : les adhérents de Prosecur rejoignent le SNES, mais cette organisation n’est pas dissoute

1999 : Claude Tarlet est élu président de l’UFISS.

2000 : Claude Tarlet redevient président du SNES alors que Patrick Coutand est élu président de l’UFISS.

2003 : des entreprises du SNES quittent l’organisation et réactivent Prosecur qui est rebaptisé USP, présidé par Claude Tarlet.

2005 : autodissolution de l’UFISS sous la houlette de Lawrence Canu.

2013 : création de l’ANAPS, présidée par Claude Tarlet, qui devient la FFSP en 2017. Elle rassemble de nombreuses organisations patronales, mais le SNES refuse d’y adhérer.

2018 : création du collectif Urgence Sécurité qui milite pour un rapprochement entre l’USP et le SNES. Début des pourparlers de ces deux organisations.

2019 : disparition du SNES et de l’USP dont les adhérents décident de créer une nouvelle organisation unique, baptisée Groupement des Entreprises de Sécurité, présidée par Frédéric Gauthey.

 

Urgence Sécurité veut encore peser sur la profession

Urgence Sécurité, créé en juin 2018 par dix chefs d’entreprise parmi les plus importants de la surveillance humaine avec pour objectif d’inciter au rapprochement de l’USP et du SNES (voir ETS n°656), a décidé de poursuivre son travail pendant quelques mois encore, annonce Patrick Senior, un des fondateurs, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.

« A moyen terme, le collectif n’est pas destiné à survivre à la création du GES, mais nous continuerons à participer aux travaux de réflexion sur l’avenir de la profession durant les six prochains mois. Nous souhaitons notamment être associés aux concertations sur les réformes en cours », explique le dirigeant, en citant notamment l’interdiction de la sous-traitance en cascade et la création d’une garantie financière.

« Le collectif a été un élément moteur pour le rapprochement de l’USP et du SNES : il a provoqué les premières discussions et a mené de nombreuses actions préparatoires. Ce processus n’aurait pas abouti sans la détermination d’Urgence Sécurité », affirme Patrick Senior. Il rappelle également que le collectif avait émis l’hypothèse que ses membres et ses nombreux soutiens émanant d’entreprises de sécurité auraient quitté l’une des deux organisations n’ayant pas démontré sa volonté de mener l’union de l’USP et du SNES à son terme (voir ETS n°674). Une menace à peine voilée qui a certainement pesé lourd. Ce rapprochement est « un vrai succès auquel personne ne croyait voici seulement 18 mois », estime le dirigeant. Il souligne que Frédéric Gauthey est un des membres fondateurs d’Urgence Sécurité et que le conseil d’administration compte un grand nombre de membres du collectif.

Trois membres d’Urgence Sécurité (BSL, Byblos et Torann) n’étaient ni membre de l’USP ni du SNES et donc pas membre du GES. « Il serait logique d’adhérer au GES », déclare Patrick Senior, qui est PDG de BSL.

 

Frédéric Gauthey : trente ans d’expérience en entreprises

Le nouveau président du GES bénéficie d’une expérience de plus de trente ans dans l’industrie et les services, dont moins de deux ans dans l’univers de la sécurité. Diplômé des Ponts et Chaussées et titulaire d’un MBA de l’Insead, Frédéric Gauthey débute sa carrière en 1987 comme analyste financier à la Banking Tokyo avant de rejoindre l’ascensoriste Schindler en 1991 comme directeur régional à Strasbourg.

Neuf ans plus tard, il passe chez Renault où il occupe divers postes de direction à Paris, Francfort et Zürich. En 2005, il retourne chez Schindler comme directeur des opérations techniques. En 2015, il est nommé directeur général France de DMG Mori Seiki, n°1 mondial des machines-outils.

Fin 2017, Frédéric Gauthey prend la tête de Prosegur Security France (voir ETS n°650), qui pèse environ 180 M€, avec une place de n°4 dans le gardiennage. Adhérent historique de l’USP, Prosegur décide début 2019 d’adhérer également au SNES pour favoriser le rapprochement des deux organisations (voir ETS n°670).

En avril dernier, Prosegur Cash France, l’activité de transport de fonds qui ne faisait pas partie du périmètre géré par Frédéric Gauthey, signe un accord pour être racheté par Loomis (voir ETS n°674).