Frédéric Gauthey : « La France est une priorité pour Prosegur »

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Le directeur général de Prosegur Security France anticipe pour la profession une année 2019 “très compliqué”

La France est considérée comme un « marché stratégique » par le leader espagnol de la sécurité privée, déclare Frédéric Gauthey, directeur général de Prosegur Security France, au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.

« Notre pays est une priorité de développement pour le groupe. Il est prêt à y investir, surtout dans les domaines de la technologique », ajoute le dirigeant. Il précise que la France est déjà le troisième pays pour Prosegur, derrière l’Espagne et le Brésil, par son volume d’activité.

Frédéric Gauthey, qui a pris ses fonctions voici un an (voir ETS n°650) affirme ainsi que les acquisitions « sont toujours à l’ordre du jour et que c’est une préoccupation permanente ». Il souligne que « les turbulences du passé liées à une politique de croissance externe non optimale » sont désormais bien loin. Il fait ainsi allusion au rachat en 2002 et 2003 de trois sociétés de gardiennage en mauvaise santé financière (Bac Sécurité, SEEI et Force Gardiennage) qui ont été placées en redressement judiciaire en mai 2005 (voir ETS n°367). Par la suite, dans l’Hexagone, le groupe a surtout effectué des acquisitions dans le transport de fonds.

« Notre stratégie n’a pas changé : elle consiste à se concentrer sur les secteurs à haute valeur ajoutée. Nous laissons à nos concurrents les autres segments de marché », affirme le dirigeant. C’est ainsi que la filiale française mise sur des domaines comme les sites sensibles, le nucléaire, l’industrie ou les prisons, tandis qu’il se tient à l’écart de la grande distribution alimentaire. Il est encore un peu présent sur ce dernier segment de clientèle, mais la tendance est clairement à la baisse.

 

Doubler en trois ans la part des offres globales

La filiale française veut mettre en avant son offre globale, baptisée Integra, qui combine surveillance humaine et sécurité 
électronique. « C’est une prestation pertinente pour un coût moindre et qui correspond aux attentes des clients », analyse Frédéric Gauthey. La part des offres Integra dans le CA total « est à un chiffre, mais proche de deux chiffres et ce pourcentage devrait doubler d’ici trois ans », indique-t-il.

Il estime que l’année 2018 a été marquée par la différence entre l’augmentation des coûts et celle des tarifs. « La profession a des difficultés pour appliquer cette hausse des coûts auprès de ses clients. Nombre d’entre eux refusent cette revalorisation qui n’était pas prévisible lorsque les contrats ont été signées voici deux ou trois ans. Tous les acteurs n’ont malheureusement pas la même stratégie de refuser la guerre des prix », estime le directeur général. Parmi les nouveaux contrats signés l’année dernière, il cite Safran pour une trentaine de sites, surtout à caractère industriel mais aussi tertiaire.

Conséquence de cette volonté de se concentrer sur les marchés les plus porteurs, Prosegur Security France a connu une activité en « éger retrait » en 2018, essentiellement dans la surveillance humaine. « L’important est que la rentabilité s’améliore et cela sera le cas », annonce Frédéric Gauthey. En 2017, la filiale française a généré un CA de 224,2 M€, dont 47,2 M€ dans le transport de fonds qui ne fait pas partie du périmètre de Prosegur Security France. L’activité gardiennage a représenté un CA de 160,8 M€, plaçant l’entreprise au 4e rang de ce secteur, selon l’Atlas d’En Toute Sécurité.

Le directeur général anticipe une année 2019 « très compliquée » sur la question de la revalorisation des tarifs et une année 2020 « difficile » pour les mêmes raisons.

Dans la perspective de devenir un acteur global de la sécurité, Prosegur Security France souhaite « à terme » être présent dans la cybersécurité, à l’instar de sa maison-mère qui est déjà très active dans une dizaine de pays (voir ETS n°667). « Un marché existe auprès des grandes entreprises qui veulent s’appuyer sur une expertise extérieure », estime Frédéric Gauthey.  

 

« Pourquoi nous adhérons aussi au SNES »

Adhérent historique de l’USP, Prosegur a décidé en ce début d’année d’adhérer aussi au SNES, suivant la trace d’Onet Sécurité, présent dans les deux organisations patronales de la surveillance humaine, et de Fiducial Private Security.

« J’estime que cette double adhésion est le moyen le plus efficace pour rapprocher les deux entités. La profession a un besoin profond d’unité et elle pâtit de façon dramatique de sa division actuelle. Elle a désespérément besoin de parler d’une seule voix pour se faire entendre et respecter par tous les acteurs économiques. L’Etat a également besoin d’un interlocuteur unique et stable. Cela ne peut plus durer », explique Frédéric Gauthey.

« Nous avons bien l’intention de peser de tout notre poids pour que cela se fasse. Nous voulons être un vecteur de ce processus de rapprochement. Mon objectif est de m’impliquer personnellement pour que cela se fasse », martèle le directeur général qui devient membre du conseil d’administration du SNES, comme cela est déjà le cas à l’USP.

« Chaque adhérent peut tirer les conclusions de notre décision », ajoute le dirigeant qui n’appelle cependant pas les autres adhérents à prendre une décision similaire, car il ne veut pas s’immiscer dans la stratégie des autres entreprises de surveillance humaine.