Frédéric Gauthey : « construire d’urgence une nouvelle vision de la sécurité privée »

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Quelques jours seulement après son élection à la tête du GES, Frédéric Gauthey a réservé sa première interview comme président de la nouvelle organisation à En Toute Sécurité.

 

En Toute Sécurité – Les membres de votre nouvelle équipe reflètent-ils vos convictions ?

Frédéric Gauthey – Tout à fait. Les membres du bureau sont très motivés et compétents, animés par une volonté fédératrice. Ils partagent mon diagnostic sur l’état de la profession et surtout sur l’urgence qu’il y a à se remettre en question pour aller de l’avant.

L’équipe est composée à parité de personnalités venant des deux anciens syndicats. Je les connais bien puisque j’étais adhérent des deux organisations.

 

ETS – Quelles sont vos premières priorités ?

F. G. – Finaliser les procédures administratives pour la création du GES, entamer les démarches concernant sa représentativité, faire venir toutes les entreprises des deux anciennes organisations, attirer de nouvelles adhésions et renouer un dialogue social quelque peu malmené au cours des derniers mois suite à l’incertitude sur notre rapprochement.

 

ETS – Quelles sont les actions nécessaires pour une meilleure reconnaissance de la sécurité privée ?

F. G. – Il faut en préambule analyser l’état de la profession. C’est un secteur moins régulé que dans d’autres pays européens (où la sécurité privée fonctionne mieux) et extrêmement atomisé. Il existe très peu de limitations pour exercer ce métier qui ne peut d’ailleurs pas adopter 100% des règles de n’importe quel autre secteur économique. Ce n’est en effet pas une profession comme les autres puisqu’elle assure une mission para-régalienne.

Beaucoup d’entreprises font bien leur travail mais une poignée discrédite la profession par des pratiques douteuses. Certains donneurs d’ordre profitent d’ailleurs de cette situation. Nous devons travailler dans la transparence et la sincérité comme cela a été le cas lors des travaux de la médiation interentreprises conduite par Philip Alloncle avec la participation du CDSE.

De plus, la profession n’a pas su se faire entendre suffisamment par les pouvoirs publics et n’a pas su s’organiser, entre autres à cause de sa division.

Il faut mettre de côté les querelles intestines, car nous nous heurtons tous aux mêmes contraintes et avons tous les mêmes problèmes, notamment une marge brute à un chiffre qui est plus proche de zéro que de dix. Mais je ne veux pas revenir sur le passé, car je prends en main une nouvelle organisation qui se donne des objectifs clairs.

Ceci posé et pour répondre à votre question, la profession doit faire des efforts et monter en gamme.

 

ETS – C’est une action sur le long terme…

F. G. – Exactement. Il faut donner des gages de notre volonté de s’améliorer et mieux expliquer ce que nous allons faire. Les pratiques douteuses doivent être combattues et les clients doivent reconnaitre que nous exerçons un métier qui assure la protection des citoyens et participe à la sécurité des entreprises et de la nation. Nous devons devenir un réel partenaire — avec un « P » majuscule — reconnu par l’Etat.

Pour cela, je le répète, il faut mettre en avant le fait que la sécurité privée n’est pas une profession comme les autres. Rappelez-vous que c’est un agent de sécurité privée qui a évité un carnage au Stade de France lors des attentats de 2015.

 

ETS – Et quel doit être le rôle de l’Etat, selon vous ?

F. G. – Il doit davantage s’impliquer et mettre en place une régulation plus stricte. Il faut par exemple un meilleur encadrement de l’accès à la profession, tant pour les salariés que pour les entreprises. La limitation de la sous-traitance en cascade n’a qu’une conséquence : la chute des prix ! La création d’une garantie financière pour les sociétés de sécurité me semble une nécessité. Les entreprises doivent également s’engager sur des politiques de formation ambitieuses pour leurs salariés et au final pour leurs clients. Mais tout ceci a un prix et il est clair que sans une prise de conscience de leur part, nous ne pourrons avancer correctement.

Il faut aussi un CNAPS plus fort qui doit avoir les moyens de sa politique.

Regardez la situation en Espagne : la sécurité privée est un microcosme qui fonctionne bien, avec un statut des agents de sécurité digne de ce nom. Il existe moins d’un millier d’entreprises de gardiennage contre environ 8 000 en France, auxquelles il faut ajouter les auto-entrepreneurs (6 000 environ).

Les Jeux Olympiques de 2024 seront l’occasion de mettre en œuvre le nécessaire continuum de sécurité, mais il y a urgence à se mettre autour de la table avec l’Etat et toutes les parties concernées pour réussir ce rendez-vous important.

 

ETS – Comment renouer le dialogue social ?

F. G. – Les agents de sécurité sont des membres constitutifs de la défense de nos territoires. Il faut changer de modèle et faire bouger les lignes entre l’Etat, les entreprises de sécurité, les clients et les partenaires sociaux. Tout le monde doit faire des efforts.

Les salaires sont anormalement bas, notamment pour les deux premiers échelons. Nous devons nous montrer audacieux et les partenaires sociaux également afin que nos entreprises restaurent leur rentabilité de façon durable et que les salariés récoltent les fruits de ce changement d’épure. Il faut dialoguer en toute transparence et sans à priori. Nous devons être capables d’investir dans la formation, une des clés de la nécessaire montée en gamme, et nous adapter aux nouvelle technologies digitales.

Chacun doit prendre ses responsabilités pour être à la hauteur des exigences. 

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef