Finsecur passe sous pavillon chinois

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Le logo de Jade Bird Fire est très marqué par sa culture nationale.

Le spécialiste de la sécurité incendie, qui a subi une dégradation de sa situation financière, est passé sous le contrôle du chinois Jade Bird Fire, dont c’est le premier investissement significatif en Europe.

Le groupe a pris une participation de 52,6% dans le capital de Finsecur pour un montant de 24 M€ et se serait engagé pour un investissement total de 89 M€, afin de maintenir l’emploi -et même recruter-, développer la R&D et l’expansion géographique de l’entreprise.

D’autres candidats à la reprise s’étaient manifestés, dont deux entreprises françaises et trois américaines, mais Jade Bird Fire a été préféré en raison des assurances qu’il a donné sur l’avenir de Finsecur et le maintien de l’usine située à Poissy.

Les activités des deux sociétés sont assez complémentaires, tandis que Jade Bird Fire — quasiment absent du marché européen — va profiter de cette nouvelle base pour étendre sa présence sur le Vieux Continent. Finsecur, devrait ainsi créer des structures en Allemagne, Italie et Pays-Bas. Elle dispose déjà d’une filiale en Grande-Bretagne par l’acquisition de Fire Beam en 2012 (voir ETS n°520) et en Epagne par le rachat de Detnov en 2014. Grâce à ces perspectives de développement, les effectifs pourraient passer de 170 aujourd’hui à 210 l’année prochaine.

Créé en 2000, Finsecur a rencontré des difficultés depuis cinq ans, en raison du ralentissement du marché, et a cherché à s’appuyer sur un partenaire financier et/ou industriel depuis deux ans.

L’entreprise a consacré d’importants efforts à la recherche qui ont abouti à la commercialisation de détecteurs de fumée par ondes radio. Elle s’est marginalement diversifiée dans la sécurité électronique, notamment en rachetant Sphynx Protecvol fin 2013 (voir ETS n°558), mais cela n’a pas généré de CA conséquent. Elle a aussi acquis d’autres entreprises, notamment, en 2012, une partie de l’activité extinction incendie destinée aux particuliers du groupe Atalian. Finsecur visait ainsi ce nouveau segment de marché lié à des obligations réglementaires d’équipement du secteur résidentiel en détecteurs autonomes de fumée, mais il s’est effondré après quelques années de fortes ventes.

La société contrôlée depuis l’origine par Jacques Lewiner, co-fondateur, Stéphane Di Marco, président, Christophe Bonazzi, directeur général et quelques cadres, fait entrer le fonds Edmond de Rothschild Investment Partners et Bpifrance en 2014 qui apportent 25 M€ (voir ETS n°577). Le groupe affiche alors d’importantes ambitions : il veut faire passer son CA de 44,5 M€ en 2014 à 70 M€ l’année suivante. Il peut compter sur un portefeuille de clients varié, composé de commerces, d’IGH, d’usines, de laboratoires, d’hôpitaux, d’hôtels, de sièges sociaux, d’entrepôts, etc.

Les effectifs grimpent alors à 300 personnes, des agences sont créées en France, mais la société ne parvient pas à tenir ses objectifs. Fin 2015, elle ramène sa prévision de CA entre 55 et 60 M€ (voir ETS n°599). La croissance et la rentabilité ne sont plus au rendez-vous et Finsecur a engrangé un CA de 41 M€ en 2019.

 

Les chinois peu présents dans la sécurité en France

Les firmes chinoises de sécurité sont encore peu présentes dans l’Hexagone. Leur plus grande percée commerciale réside dans la vidéosurveillance où Hikvision et Dahua — leaders mondiaux dans ce domaine — se taillent des parts de marché conséquentes. De son côté, Huawei, très actif dans les télécoms, fait ses premières armes dans la sécurité électronique.

Le principal investissement chinois dans la sécurité en France reste la prise de contrôle de Centigon, implanté à Lamballe (Côtes d’Armor), leader du blindage de véhicules et de fourgons pour le transport de fonds, par le constructeur automobile Dongfeng en 2015 (voir ETS n°580). Un succès mitigé puisque les comptes ont viré dans le rouge et que les trois principaux dirigeants sont partis ces derniers mois.

Dans l’Hexagone, les entreprises chinoises ne sont absolument pas présentes dans la surveillance humaine

Jade Bird Fire, un leader méconnu

L’acquéreur de Finsecur est encore très peu implanté en dehors de son pays : ce rachat est d’ailleurs le premier du genre en Europe. Jade Bird Fire possède seulement une filiale ou un bureau aux Etats-Unis, Canada, Espagne, Vietnam et vend ses matériels dans une vingtaine de pays dans le monde.

Fondé en 2001, le groupe connait une croissance extrêmement rapide, de l’ordre de 30% par an. Son CA est ainsi passé de 260 M$ en 2018 à 332 M$ l’année dernière. Ses comptes affichent une importante rentabilité, puisqu’il a dégagé un bénéfice net de 50 M$ en 2018 et 53 M$ l’année suivante.

Employant 2 400 salariés, Jade Bird Fire consacre une part conséquente de son CA à la R&D. Il est spécialisé dans l’alarme incendie, l’extinction automatique, les systèmes d’évacuation et la détection de gaz. Il fabrique environ 25 millions de détecteurs par an. Il équipe principalement des grands immeubles, des universités, des stades, etc.

Le marché des caméras-piétons pour la police

Les pouvoirs publics ont décidé que tous les policiers en intervention disposeront de caméras-piétons d’ici 2022. Actuellement, pour un coût estimé à 2,3 M€, un total de 10 400 caméras-piétons a été attribué à la police nationale, sur des effectifs totaux de 150 000. Les premières réflexions sur le sujet et les expériences remontent à 2009. Des experts avaient pointé une autonomie insuffisante des caméras. Par ailleurs, entre 2016 et 2018, 300 communes ont expérimenté les caméras-piétons pour leur police municipale.

Parmi les principaux fabricants de ce type d’équipement, on peut citer l’américain Axon (voir ETS n°693) qui a racheté le spécialiste du domaine Vievu en 2018 (voir ETS n°655). Le suédois Axis Communications, leader des caméras IP, s’est diversifié sur le créneau des caméras-piétons au printemps dernier (voir ETS n°702).