S’exprimant très rarement dans la presse sur la stratégie de son entreprise — sa dernière interview remonte à trois ans et c’était avec En Toute Sécurité —, Elias Nahra dévoile ses projets en exclusivité pour notre journal.
En Toute Sécurité – Vous avez inauguré le 22 janvier dernier votre nouveau siège social, dans des locaux beaucoup plus vastes. Cela reflète-t-il le développement de votre groupe ?
Elias Nahra – Tout à fait. On ne gère pas de la même manière une entreprise de 50 M€ et un groupe de 100 M€ employant 3 000 collaborateurs. C’est ce cap que nous venons de franchir en 2019. Cela implique par exemple une nouvelle organisation : nous avons recruté vingt personnes pour les fonctions administratives et de gestion commerciale. Nous avons mis en place un nouvel organigramme en décembre. Le comité de direction comprend Walid Nahra, directeur général, plus particulièrement en charge des finances, François Camus, directeur d’exploitation, Johanna Khalaf, directrice commerciale et qualité et Sophie Miquel, directrice administrative et des affaires sociales.
Nous occupons désormais une surface de 1 100 m² contre 500 m² auparavant, ce qui va nous permettre d’accompagner notre développement durant la décennie qui débute.
C’est donc une véritable nouvelle étape pour Triomphe Sécurité.
ETS – Qu’en est-il de l’élargissement de votre offre à l’événementiel, à la protection rapprochée annoncée en 2017 et d’une éventuelle diversification vers la sécurité électronique ?
- N. – L’événementiel marche très bien avec un CA de 2 M€ en 2019. Nous donnons la priorité à nos clients existants qui nous sollicitent pour ce type de prestation. Cependant, si toutes les conditions commerciales, d’éthique et réglementaires sont respectées lors des Jeux Olympiques de 2024, Triomphe Sécurité pourrait jouer un rôle dans l’événementiel. La protection rapprochée représente un CA de 1 M€ et nous avons créé une filiale dédiée aux agents armés, mais nous attendons que le dispositif réglementaire soit complètement installé pour commencer l’activité.
Il n’est pas question pour nous ne nous lancer dans la commercialisation de sécurité électronique ou de télésurveillance. En revanche, nous investissons dans les technologies pour équiper nos agents.
ETS – Leurs missions évoluent-elles en fonction de l’émergence de nouvelles menaces ?
- N. – Nous passons en effet de la sécurité classique à la protection des clients, du personnel et des lieux, y compris en proposant des prestations de conseil, de gestion anticipée et en acquérant de nouvelles compétences, comme le profilage des individus. Cela s’est traduit sur le plan opérationnel durant le mouvement des Gilets jaunes et lors des actions d’Extinction Rébellion. Pour un magasin des Grands boulevards à Paris, nous avons par exemple reconnu des manifestants camouflés dans la foule et les avons fait sortir des lieux sans heurt avant l’arrivée des forces de l’ordre.
ETS – Vous étiez à l’origine une entreprise totalement centrée sur l’Ile-de-France. Quelle est votre stratégie d’expansion en province ?
- N.– Elle s’effectue uniquement quand nous avons signé un contrat important dans une région : il ne s’agit pas d’engager une course au volume mais d’accompagner nos clients en province. C’est ainsi que nous avons ouvert en décembre une agence à Béziers qui supervise la région de Toulouse. Les agences de Lyon et Marseille ont déménagé pour des locaux plus grands. Nous allons nous installer à Lille au cours du premier trimestre et regardons les opportunités à Bordeaux et Montpellier. L’activité en province pèse 15% du total.
ETS – Comment anticipez-vous votre exercice 2020 ?
- N. – Nous n’avons aucun objectif de CA et notre ambition n’est pas d’entrer dans le top 5 de la surveillance humaine. Nous démarrons l’année avec 7 M€ de contrats supplémentaires, notamment grâce à la signature avec dix nouveaux centres commerciaux et vingt sites de commerces. Nous allons démarrer vingt sites de plus au mois de mars et avons signé le siège d’Altarea-Cogedim qui rejoint d’autres sièges sociaux déjà clients chez nous. Je souligne que nous n’avons pas perdu de marché. Je rappelle aussi que nous ne travaillons pratiquement plus pour la grande distribution, mais pour des enseignes spécialisées, des centres commerciaux et pour Disneyland Paris. Et ceci sans sous-traitance.
Nous allons récupérer notre place — acquise en 2015 — parmi les dix premiers du secteur grâce à la qualité des prestations et à nos performances.
Nous n’avons jamais effectué d’opération de croissance externe depuis notre création en 2005, mais je ne suis pas dogmatique. L’avenir dira si l’opportunité d’une acquisition ciblée a un sens si elle se présente. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
ETS – Votre développement implique-t-il de faire entrer un partenaire financier dans votre capital comme plusieurs sociétés de surveillance humaine l’on fait récemment ?
- N. – Triomphe Sécurité est un groupe patrimonial indépendant. Il dispose d’une trésorerie saine représentant 10-15% du CA. Il n’a pas d’endettement et dégage une rentabilité comprise entre 2% et 3%. Nous n’avons donc pas besoin d’un investisseur extérieur. Il n’est pas non plus question d’un rapprochement ou d’une vente. J’ai 48 ans, passionné par mon travail et je ne suis pas un affairiste.
Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef