Un des rares secteurs en croissance significative, la cybersécurité connait des changements incessants : évolutions des menaces, innovations technologiques, bataille pour figurer parmi les leaders du marché, etc.
Avec une progression estimée à 4,5%, selon les prévisions de l’Atlas d’En Toute Sécurité, le millésime 2020 devrait être le plus mauvais depuis 2005 (+2,1%), mais se rapproche de celui de 2014 (+4,8%). C’est aussi un score deux fois moins élevé qu’en 2019 (+9,4%), mais qui reste tout à fait honorable compte tenu de la conjoncture économique globale du pays.
La profession est tiraillée entre deux tendances contradictoires : une guerre des prix qui entrave la progression des ventes et diminue les marges, mais une forte demande liée à la multiplication des cyberattaques.
Néanmoins, le secteur affiche de très belles performances puisque 85% des entreprises engrangent des bénéfices, 6% seulement accusent des pertes et 9% sont tout juste à l’équilibre financier selon l’Atlas d’En Toute Sécurité. La proportion était de 93% de sociétés rentables voici une décennie, ce qui montre la tendance à une légère dégradation.
Selon leur taille, les acteurs sont confrontés à plusieurs problématiques : les ténors veulent se positionner comme leader par leur poids économique et leur avance technologique, tandis que les PME cherchent à industrialiser leur processus et que les nombreuses start-up veulent se différencier par leurs innovations.
On assiste donc à un mouvement intense d’acquisitions qui concerne tous les types d’entreprises. La bataille est rude en haut de l’échelle. Thales a par exemple acquis Gemalto au printemps 2019, tandis qu’Orange a lancé une offensive européenne en rachetant successivement le britannique Secure Data et le néerlandais SecureLink l’année dernière.
Vade Secure revoit ses prévisions à la hausse
Malgré le coup d’arrêt enregistré après avoir échoué à lever 70 M€ auprès d’un fonds d’investissement américain (voir ETS n°704), l’entreprise spécialisée dans la sécurisation des messageries numériques et dans la détection d’attaques affiche une bonne vitalité financière. La société a généré 20 M€ de CA en 2019 et prévoit une forte croissance de son CA 2020. « Bien que les entreprises aient passé moins de commandes, notamment les PME, le groupe affiche une croissance de ses revenus de +17% par rapport au 1er janvier 2020 et se permet de revoir ses prévisions à la hausse pour l’ensemble de l’année avec une croissance qui devrait dépasser les 40%. Le groupe a signé plus de 250 nouveaux partenariats depuis le début de l’année et prévoit, d’ici fin 2021, de multiplier le nombre de partenaires actifs par quatre », explique Georges Lotigier, le PDG de Vade Secure, lors d’un entretien accordé à En Toute Sécurité.
Quant à la période sanitaire mouvementée depuis le début de l’année, Vade Secure précise ne pas avoir été ébranlée par la pandémie. « Il n’y a pas eu d’impact sur notre activité mais ce qui a changé, c’est notre façon de faire du commerce et du marketing, en raison de l’annulation des salons et des expositions », poursuit Georges Lotigier. Pendant la période de confinement en France, Vade Secure est passée de 600 millions à 1 milliard de boîtes mails sécurisées. « Le marché global de la cybersécurité est en accélération depuis le début de la crise sanitaire », analyse Georges Lotigier.
Outre cette période particulière sur les plans économique et sanitaire, Vade Secure maintient sa stratégie, consistant à nouer des partenariats avec des éditeurs logiciels pour mieux s’adresser aux entreprises et les faire connaître. Pour preuve, depuis le début de la pandémie de covid-19, la société a noué des partenariats essentiellement internationaux avec des agrégateurs de licence tels que les Américains Arrow, Insight, Datto (coté à la bourse de New York depuis fin octobre), Synnex, D&H et l’Allemand Also, qui est lui présent dans 35 pays.
Vade Secure continue également de se développer à l’étranger. L’entreprise, déjà présente à San Francisco, Vancouver, Montréal et Tokyo, est en train de créer une nouvelle antenne à Tel Aviv, chapeautée par Maya Gershon, nouvelle directrice des recettes du groupe, qui a fait ses classes notamment chez Cisco et dans l’armée israélienne au sein de l’unité « 8200 », spécialisée dans le renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) et le décryptage des codes.
Basée à Hem (Nord), Vade Secure existe sous cette appellation depuis 2010 et compte 150 salariés dans le monde avec deux tiers des effectifs en France. Georges Lotigier en est le PDG depuis 2011 après l’avoir rachetée en 2010. Très tournée vers l’international, Vade Secure réalise 45% de son CA en Europe, France incluse, 35% aux Etats-Unis, environ 15% au Japon et 5% sur les autres continents. L’entreprise affirme bénéficier d’une situation cash très bonne et très stable. Aucune opération de levée de fonds n’a d’ailleurs été effectuée depuis le début de la crise sanitaire.
Atos : deux nouvelles acquisitions dans la cybersécurité
Après le rachat de la firme américaine de cybersécurité Paladion intervenu le mois dernier (voir ETS n°706), Atos récidive dans ce domaine en acquérant coup sur coup deux sociétés.
La première, digital.security, a été rachetée au groupe Econocom. Présidée par Jean-Claude Tapia, la société créée en 2017 à Clamart est présente en France, Belgique et Luxembourg. Elle emploie 250 experts actifs notamment dans la lutte contre les menaces et les vulnérabilités de l’internet des objets.
La seconde opération, qui devrait être finalisée avant la fin de l’année, concerne la firme autrichienne SEC Consult, spécialisée dans le conseil en cybersécurité et les tests d’intrusion. Créée voici vingt ans, l’entreprise emploie 200 experts qui travaillent pour des clients dans la finance, l’énergie, la technologie et le secteur public, y compris en Europe centrale, en Asie et en Amérique du nord.
Atos affiche des objectifs ambitieux dans la cybersécurité avec la volonté d’atteindre un CA de deux milliards d’€ à moyen terme dans cette activité, alors que son CA total est aujourd’hui de 12 milliards d’€.