Dans notre troisième numéro spécial d’affilée consacré à la crise sanitaire actuelle, En Toute Sécurité a demandé aux décideurs de la profession — directeurs sécurité d’activités emblématiques, dirigeants d’entreprises de sécurité et d’organisations patronales, syndicaliste, etc. — d’expliquer les actions qu’ils ont menées durant ces semaines hors du commun pour faire face à l’impact de l’épidémie.
Enquête réalisée par Patrick Haas et Pierre-Olivier Lauvige
directeur sécurité groupe de Sodexo
Nous avons activé une procédure globale interdisant les voyages nationaux et internationaux (« travel ban ») dès le 25 février pour l’ensemble de nos voyageurs à cause des mesures de confinement effectives, ou à venir, mises en œuvre par les différents pays à travers le monde. Cette mesure a entraîné une baisse du nombre des déplacements et permis au final à l’ensemble de nos collaborateurs de ne pas se retrouver bloqué à l’autre bout du monde.
Notre présence à l’international se compose également d’environs 400 expatriés, dont 20% de français. La plupart d’entre eux (50%) est basée soit aux Etats-Unis, en France, à Singapour, dans les Emirats Arabe Unis, des pays relativement fiables en matière de moyens sanitaires pour lesquels nous n’avions pas forcément d’inquiétude. Nous leur avons donc demandé dès le 15 février, s’ils désiraient rentrer ou rester dans leur pays d’affectation.
Pour ceux qui souhaitaient rester (sur la base donc du volontariat et aussi la majorité d’entre eux), nous nous sommes assurés qu’ils disposaient bien de tous les moyens de protection nécessaires (stocks de nourriture si besoin et équipements de protection). Nous avons également revalidé avec nos partenaires (assurances, sécurité) les clauses en matière de prise en charge des soins, ainsi que des conditions de rapatriement, si celui-ci se révélait nécessaire.
Toutes ces mesures ont pu être anticipées, car nous avions 300 salariés à Wuhan (épicentre de l’épidémie) dans les secteurs hospitalier et industriel. Depuis mi-janvier, l’ensemble de nos équipes en Chine étaient déjà en cellule de crise. Leur démarche, initiée sur cette ville, puis étendue sur l’ensemble du pays et ensuite à la région Asie-Pacifique, nous a permis de capitaliser sur une certaine « expérience » et d’en décliner les « best practice » dans les semaines suivantes, au fur et à mesure de l’expansion de l’épidémie.
Ainsi, nous avons provisionné et stocké des centaines des milliers de masques dans des hubs régionaux répartis sur l’ensemble de nos régions d’activité. Nous en avons ainsi récemment reçu en France, que nous avons fait livrer sous bonne escorte dans certains de nos entrepôts avec l’aide des forces de police et gendarmerie qui nous ont donné de sacrés coups de mains. Une partie de cette précieuse cargaison (personne n’aurait cru il y a 5 mois que nous devrions « sécuriser » des masques en papier…) a même été répartie, par précaution, chez certains partenaires sur des sites ultra sécurisés, afin de ne pas être pris au dépourvu en cas de vol sur l’un de nos sites plus « vulnérabl e».
Ce matériel (environ 80 000 masques par semaine) est en effet indispensable pour protéger nos collaborateurs, mais également mener à bien nos obligations en termes de service public (hôpitaux, seniors, prisons, défense…). Car si notre activité en matière d’offre de restauration dans le domaine du sport (stades de football), du loisir (la Seine Musicale, le Lido) ou des cantines scolaires est quasiment à l’arrêt, celles dans le secteur hospitalier se trouve aujourd’hui sous tension et nécessitent de précieux renforts. Pour cette raison, nous y réallouons une partie de notre personnel. Gérés par nos équipes opérationnelles, les ressources humaines et les équipes santé sécurité au travail, ces transferts de personnel se réalisent sur la base du volontariat et sont toujours accompagnés d’une formation adaptée aux spécificités de leur nouvelle mission.
PDG du réseau d’interventions sur alarme Aquila
Le métier du chef d’entreprise, en temps ordinaire, consiste à déployer son projet dans un temps long, assis sur une stratégie claire unanimement portée par les équipes. Et soudain, dans un temps très court, il faut tout revoir, s’adapter à la minute en ne relisant pas le plan de continuité d’activité, brutalement obsolète.
D’abord se dire qu’on va tenir, individuellement et collectivement. Puis penser aux siens et envoyer autant de collaborateurs que possible en télétravail dans les heures qui suivent. S’adresser à ses clients pour les rassurer, à ses partenaires pour les encourager. Travailler sans relâche dans des locaux presque déserts et étrangement silencieux aux côtés des personnes indispensables qu’on n’a pas encore pu envoyer en télétravail. Se soutenir le moral, citer les grands hommes aux grandes devises pour croire en demain. Se dire que décidemment, nous sommes une espèce terriblement autodestructrice mais aussi merveilleusement résiliente.
Quelques jours suffisent pour qu’un nouveau rythme s’instaure, que le calme revienne, pour que les nouvelles méthodes soient admises et assimilées. Nous tenons bon, notre réseau tient bon. Fierté et soulagement.
Et puis, déjà, penser l’après, forcément plus solidaire. Se dire que tous ceux dont nous avons tous le plus grand besoin à l’échelle de la société -soignants, éboueurs, caissiers, agents de sécurité, etc.- ne sont pas nécessairement les plus valorisés. Se promettre de ne plus l’oublier quand on se remettra à penser dans un temps long.
Dans l’immédiat, Aquila envisage un fonds de solidarité pour soutenir son réseau sur la base du CA supplémentaire généré par la crise sanitaire, également ouvert aux tiers. Société Générale, Pôle Emploi et Delta Chubb ont, les premiers, confirmé soutenir cette initiative.
PDG de la société de surveillance humaine Torann France
Dans une crise sanitaire sans précédent comme celle que nous traversons, le rôle du chef d’entreprise peut être déterminant. Pour ma part, il n’y a qu’une méthode d’action : « le calme des vieilles troupes ».
Il faut mettre l’entreprise en ordre de bataille pour ne pas subir les événements. Il faut réduire la voilure pour traverser la tempête et donner un cap clair. Il faut décider de façon simple et efficace alors que l’on est assailli d’informations innombrables, incomplètes, changeantes, contradictoires provenant de toutes parts. Il faut continuer à piloter pour motiver et compter sur l’engagement de l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise. Réagir aux changements radicaux de périmètre des besoins des clients, prendre en compte les nouvelles contraintes opérationnelles, s’assurer que les agents sur le terrain sont accompagnés et mis dans des conditions de sécurité satisfaisantes malgré la pénurie de moyens de protection … mais aussi prendre les dispositions économiques, sociales et financières pour garantir la survie de l’entreprise.
La pression est forte, mais s’il ne doit rester qu’une personne sur le pont, c’est le chef d’entreprise. Si le patron n’est pas en première ligne, il ne faudra pas s’étonner ensuite de la fracture entre les cols blancs en télétravail à domicile et les cols bleus présents sur site. Il faut serrer les rangs et faire face. La crise sanitaire est dure et violente, mais dans quelques mois nous aurons traversé la tourmente. La crise économique qui arrive sera infiniment plus terrible et nous mettrons des années à nous en relever.
Richard Terzan
PDG de la société de conseil en sûreté Anticip Risk&Co
Dès le 12 mars, l’adaptation de l’organisation de l’entreprise à la perspective de confinement a été réalisée en un temps record : 48 heures seulement. De plus, nous devions gérer une suspicion de coronavirus parmi notre personnel, qui s’est d’ailleurs avérée inexacte. Notre dispositif est en place sur la base d’une hypothèse de travail de trois à quatre mois pour un véritable retour à la normale.
Nous avons également conçu un plan dégradé si la crise se prolonge au-delà de ces trois à quatre mois.
L’impact sur le volume d’affaires est très inégal selon nos activités : le ralentissement est évident concernant nos prestations d’ingénierie de projets, alors que la cybersécurité fonctionne bien. Notre service Opérations (rapatriements ou évacuations de personnes) est très fortement sollicité. Nous assurons également la protection de flux logistiques jugés stratégiques comme les masques respiratoires qui sont devenus un enjeu majeur.
Directeur général adjoint de l’Olympique de Marseille
Dans l’incertitude de la reprise des compétitions sportives (juin, juillet ou peut-être même octobre), l’annulation des concerts ou des finales de la coupe d’Europe de Rugby et notamment l’attente de la réouverture du Stade Vélodrome dont le club a récupéré l’exploitation commerciale de 2019 jusqu’en 2045, nous devons limiter l’ensemble de nos coûts de fonctionnement pour tenir.
Nous avons ainsi volontairement réduit nos salaires au sein de la direction. De même, l’ensemble de nos collaborateurs ont été mis au chômage partiel à l’exception des fonctions vitales. Et toutes les prestations d’intervenants extérieurs ont été stoppées. Seul le minimum nécessaire comme l’entretien des terrains ou le gardiennage des installations sont maintenus.
La santé des joueurs de l’équipe continue cependant à être surveillée et assurée grâce au maintien de notre pôle médical. Il s’avère cependant primordial pour nous dans cette période d’activité réduite de garder le contact avec les supporters et la population marseillaise récemment marquées par la mort de Pape Diouf et de Michel Hidalgo. Nous avons déployé une bâche devant le stade à l’attention des soignants, proclamant « A notre tour d’être vos supporters ». Tous les jours à 20h nous participons à ce même hommage national en illuminant le stade et diffusant grâce aux 110 décibels de notre sonorisation et pendant 2 mn la chanson des supporters de l’O.M. « Aux Armes »…tout un symbole.
Nous agissons aux côtés du Secours Populaire, des hôpitaux de Marseille en fournissant des moyens et des bras. Enfin, nous nous apprêtons à prendre part avec la préfecture à une opération visant à la mise en sécurité des femmes victimes de violence, dont le nombre est en train d’augmenter significativement durant ces périodes de confinement.
Représentant de la CGT pour la branche prévention sécurité
Pour la CGT, la première revendication c’est la protection du salarié dans son activité par le biais de consignes claires et surtout les moyens physiques et techniques de les appliquer. Il est nécessaire de les éloigner du public, de leur donner des moyens de se prémunir de tout contact évitable.
Dans les faits, sur le terrain, les agents de sécurité sont exclus du principe de précaution qu’on leur demande pourtant d’appliquer. Ils essaient d’exercer leur droit de retrait, action qui aboutit rarement à cause des pressions des clients ou des employeurs. Les entreprises de sécurité ne respectent plus les temps de repos ou de dépassement horaire de service. Elles ont coupé tout lien physique avec leurs salariés, voir tout lien tout court : on nous signale des responsables qui ne répondent même plus aux mails de leurs agents et bloquent carrément leurs téléphones pour éviter de répondre aux questions des agents.
Gagnés par un sentiment d’abandon, les agents de sécurité sont les seuls à travailler dans les lieux publics comme les gares et certains sites comme EDF. Ils sont beaucoup plus agressés qu’auparavant, verbalement et physiquement, car ils sont souvent vus comme une barrière. Leur présence obligatoire et contraignante représente un exutoire à la colère des gens.
Chaque jour, les agents de sécurité, sont moins nombreux à être présents sur le terrain, en raison des mesures de confinement, des arrêts maladie, des gardes d’enfants, etc. Le taux d’absence des salariés en CDD avoisine les 50%.
Claude Tarlet
Président de la Fédération Française de la Sécurité Privée
Pour la FFSP, la crise a absolument tout balayé. Nous avons d’abord adapté nos méthodes de travail et eu un recours massif à la visioconférence. Pour moi qui suis habitué à avoir cinq à dix rendez-vous par jour, c’est un changement qui m’a permis… d’augmenter encore le nombre de rendez-vous quotidiens ! Nous tenons nos réunions de conseil d’administration par visioconférence et de manière hebdomadaire plutôt que mensuelle. Les échanges sont de grande qualité.
Depuis le weekend du 15 mars, 100% de notre activité est concentrée autour de la crise sanitaire. Nous avons mis l’accent sur les actions d’influence auprès des pouvoirs publics. Il a tout d’abord fallu clarifier les conditions dans lesquelles les équipes pouvaient se déplacer y compris en cas de couvre-feu. Nous avons demandé une prolongation des agréments et cartes professionnelles de six mois, et obtenu, dans un premier temps, trois mois qui se révèleront rapidement insuffisants.
Constatant une faible disponibilité des ressources, nous avons exprimé fortement auprès du ministère du Travail le besoin de pouvoir recourir aux mesures dérogatoires au temps de travail pour les installateurs, les télésurveilleurs, les transporteurs de valeurs, les agents de sécurité exposés, les agents de protection. Nous voulons être entendus.
Nous avons recherché des solutions pour que les entreprises de sécurité privée puissent se procurer des masques de protection et nous sommes associés au projet des Masques Résilience, produits en France dans le cadre de l’économie solidaire.
Enfin, nous travaillons sur la reprise et les solutions qui peuvent être amenées par la sécurité privée.
Deputy operational risks director de Center Parcs Europe
Nos 27 parcs européens sont tous fermé depuis le lundi 16 mars. Et nous n’avons pas eu de cas confirmé de Covid-19 parmi nos équipes jusqu’à présent ni de rapatriement de collaborateur à l’international.
La santé et la sécurité de nos clients et de nos salariés a guidé l’ensemble de nos actions tout au long de cette période : de l’arrivée du virus en Europe, aux premières mesures de limitation de sa propagation, jusqu’au confinement et la fermeture de nos parcs.
Nous devons faire preuve d’agilité. Certes, c’est le propre des situations de crise, mais en tant qu’opérateur européen de tourisme de proximité, nous devons coordonner nos actions en fonction des différentes directives des gouvernements de chaque pays dans lequel nous sommes présents, celles-ci n’étant pas forcément harmonisées.
Nous maintenons, comme en période d’ouverture, de la surveillance humaine 24/7 et des moyens techniques tels que la vidéoprotection. Nous conservons également, dans la mesure du possible, le lien avec l’ensemble de notre écosystème : clients, salariés, partenaires, fournisseurs, investisseurs… Cette démarche s’avère essentielle pour faire face à cette situation exceptionnelle. Mais également primordiale pour le redémarrage de notre activité, où nous espérons bien que nos parcs soient des lieux privilégiés, en pleine nature, pour se reconnecter, en famille, entre amis, après cette période éprouvante de confinement.
Enfin, certains collaborateurs(rices), en activité partielle ou en télétravail, sont impliqués au sein des sapeurs-pompiers ; nous leurs rendons hommage et les félicitons pour leur engagement, comme les citoyens européens le font chaque soir à 20h.
Olivier Allender
PDG de la société de télésurveillance Verisure
La quasi-totalité de nos équipes — 95% — sont en télétravail puisque nous avons reçu l’autorisation du CNAPS d’opérer à distance, y compris pour la télésurveillance. Des ordinateurs sont connectés via un réseau sécurisé VPN, ce qui permet d’assurer une confidentialité des opérations tout en traitant 97% des signaux d’alarme en moins de trente secondes.
Ce processus est évidemment très exceptionnel. Le CNAPS a fait preuve d’une belle compréhension et a été très efficace puisque nous avons pu effectuer ce basculement en 48 heures seulement : tout le monde avait conscience de l’urgence de la situation.
Si les prestations de télésurveillance continuent, l’activité commerciale est impactée, car les clients potentiels estiment être moins exposés à des cambriolages puisqu’ils sont confinés chez eux. De même, nous n’évoluons pas dans un contexte propice pour l’activité installation de systèmes.
Nous avons défini une hiérarchie des priorités en prenant conscience que cette crise sanitaire est un tsunami mais qu’elle ne sera pas mortelle : nous avons tout d’abord protégé nos équipes, puis nos clients et enfin notre entreprise pour le court et moyen terme.
Pour mettre cette stratégie en place, nous avons monté des réunions très fréquentes, y compris la nuit et le weekend. Nous sommes désormais organisés pour un temps long. Durant cette période incertaine, nous imaginons les divers scenarii possibles et nous les préparons, notamment comment repartir vite lorsque la reprise sera là. Pour ma part, je réfléchis à la façon d’animer une entreprise à distance et je passe beaucoup de temps en communication interne afin de maintenir la flamme allumée.
Frédéric Plouvier
Conseiller sécurité-sûreté de Paris Musées
Dès le milieu du mois de mars et en accord avec les autorités de la Ville de Paris, nous avons fermé l’accès de nos 14 établissements aux visiteurs, tout en maintenant une activité interne normale afin de préparer les expositions à venir et la réouverture de nos musées au grand public. Nous avons aussitôt défini et déployé une « pédagogie sanitaire » auprès de l’ensemble de notre personnel, dans le but d’acquérir les gestes barrières et d’appliquer les règles d’hygiène et de sécurité.
Face à l’ampleur de la propagation du virus sur le territoire national, nous avons été contraints de mettre en œuvre une nouvelle politique de protection de nos sites et de déclencher la cellule de crise.
Conscient que cette période de confinement pouvait se révéler propice aux actes de malveillance, nous avons renforcé tous nos dispositifs internes de sûreté et sollicité en plus une société de gardiennage pour réaliser, entre autres, des rondes périmétriques 24h/24. Par ailleurs, les forces de l’ordre, les services de sécurité et de protection de la Ville de Paris ont également accepté de nous appuyer dans cette démarche en assurant une présence de proximité dissuasive.
Un effectif a été maintenu dans les postes de contrôle de sécurité (PCS) dans les musées pour assurer la surveillance des équipements de sécurité incendie et de lutte contre la malveillance. Des rondes plusieurs fois par semaine sont organisées en complément.
En parallèle, les équipes de nettoyage ont été renforcées pour permettre l’évacuation des déchets, le lavage des lieux où le personnel se réunit, les trajets des rondes ainsi que le nettoyage des équipements aux PCS (tel que plan de travail, les sièges, les organes centraux, téléphones, etc.).
De plus, tous nos personnels ont été formés aux gestes barrières et disposent des équipements de protection recommandés par les autorités sanitaires de la Ville de Paris ainsi que de fiches techniques de rappel des procédures de protection et de nettoyage.
Enfin, au niveau de la direction centrale, la plupart des agents sont en télétravail. Nous avons quotidiennement des réunions de travail pour traiter l’ensemble des sujets liés au coronavirus, mais aussi pour organiser au mieux le déconfinement et la réouverture de tous les musées parisiens.
Président de l’organisation patronale GES
Après un mois de crise, dont les perspectives de sortie restent incertaines, nos entreprises et salariés fonctionnent certes « en mode dégradé », mais ont montré leur détermination à assumer leur fonction de contributeur à la sécurité de la Nation, dans la quasi-indifférence générale.
Les pouvoirs publics font effectivement peu cas de notre profession et de nos salariés, les salariés de l’ombre, contrairement à d’autres secteurs tout autant exposés que la nôtre.
Les acteurs de la filière de la sécurité privée sont bel et bien engagés et font front, même si les difficultés d’il y a quelques jours, quelques semaines, restent toujours présentes : les prises de température, l’approvisionnement en masques, les déclarations d’activité partielle, les délais de paiement, etc.
Sur tous ces sujets, le GES est en intervention quotidienne auprès des différents ministères et administrations, comme en partenariat avec le MEDEF et la CPME.
S’il est encore trop tôt pour tirer la leçon de cette crise, il faudra bien, le moment venu, se poser la question des contours d’une politique publique de la sécurité privée. A ce stade, si nous assurons bien, par nous-mêmes, la continuité d’activité de nos missions, nous ne voyons pas l’once d’un début d’un continuum de sécurité.
PDG de Fichet Group, spécialiste des solutions de sécurité
Depuis plusieurs semaines, la pandémie de Covid-19 occupe le quotidien d’une majorité d’entreprises comme Fichet Group. Notre responsabilité première est de faire tout ce qui est possible pour protéger nos équipes tout en maintenant au mieux l’activité de l’entreprise afin d’accompagner nos clients d’importance vitale engagés en première ligne dans cette période inédite.
Les premières actions ont visé à privilégier le télétravail lorsque cela était possible pour les activités commerciales et de support (hot line, administration des ventes, RH, communication…) et organiser le travail de nos équipes techniques sur le terrain en respectant conjointement avec les clients concernés toutes les mesures sanitaires nécessaires.
Après 15 jours de confinement, compte tenu d’une baisse d’activité importante ainsi qu’un arrêt de livraison d’une bonne partie de nos fournisseurs nous avons dû prendre la décision d’arrêter provisoirement la production sur nos deux sites de fabrication de la région Est (Bazancourt et Baldenheim) et de mettre en place des mesures d’activité partielle pour une partie des équipes.
En parallèle, notre objectif est de préparer le groupe à la reprise afin de maintenir le cap pour l’année 2020. Notre R&D reste pleinement mobilisée (100% des équipes en télétravail) pour développer les solutions de demain et notre direction Stratégie & Innovation en lien avec l’actionnaire continue de travailler à la concrétisation de nos projets de croissance externe.
Face à cette situation de crise, Fichet Group s’est organisé rapidement, avec l’appui des instances représentatives du personnel, pour y faire face et cela n’aurait pas été possible sans l’engagement et les efforts fournis par l’ensemble des collaborateurs Fichet qui ont toute ma reconnaissance et dont je suis très fier.
Directeur technique sécurité et sûreté groupe de Monoprix
Afin de pouvoir continuer à assurer l’ouverture de la totalité de nos magasins alimentaires, nous avons dû mettre en place une politique sûreté à trois niveaux. Il s’agit tout d’abord de tenir dans le temps. Non seulement nous avons mis en place un plan de continuité de l’activité à tous les niveaux : comex, directeurs de magasins et collaborateurs. Mais surtout, nous le faisons constamment évoluer. Il n’est en effet pas possible d’attendre la fin de la crise pour en tirer les leçons. Nous sommes déjà à notre quatrième retour d’expérience depuis le début de l’épidémie. Par exemple, alors que nous avions prévu l’évacuation du siège dans le cas d’une crue centennale, nous n’avions pas anticipé la mise en place sur le long terme d’une direction totalement délocalisée et fractionnée, restant opérationnelle grâce aux outils de télétravail. Nous avons dû nous adapter.
De même, nous devons adapter notre politique sûreté en anticipant l’évolution des phénomènes de délinquance liés à cette crise. Nous restons très attentifs à ce qui se passe en France et en Italie, notamment en matière cambriolage. A date, nous n’avons remarqué aucune dérive dans ce domaine ni d’ailleurs dans celui des incivilités vis-à-vis de nos collaborateurs. Mais restons cependant vigilants. Pour finir, nous travaillons au quotidien avec nos partenaires de sécurité pour s’assurer de la continuité du service, car eux aussi sont confrontés au Covid-19 et ils sont un élément essentiel de la sécurité en magasin et encore plus actuellement.
Une gestion du risque qui nous impose aussi de tout mettre en œuvre afin d’assurer la protection de nos collaborateurs. Ainsi, et au-delà de la protection du personnel en caisse par plaque de plexiglass, nous sommes également en train d’équiper leur bac récupérateur des achats d’un dispositif identique. De même, un très gros travail est fait afin d’assurer à nos collaborateurs une mise à disposition quotidienne de masques, de gel hydroalcoolique et de gants. Un défi quotidien face auquel nous avons la chance d’appartenir au groupe Casino, dont les capacités de « sourcing », nous permettent de nous approvisionner, malgré la pénurie actuelle.
Président du groupe de sécurité électronique Anaveo
La semaine de l’annonce du confinement et de la fermeture des commerces, notre activité (rendez-vous commerciaux et chantiers planifiés) a brutalement chuté en 2 jours par l’annulation et le report de nos clients B-to-B.
Nous avions monté dès la semaine précédente une cellule de crise pour adapter les mesures à la situation pour protéger nos équipes et assurer une pérennité économique de l’entreprise. Devant cette baisse brutale, nous avons immédiatement renforcé notre trésorerie en vue de la baisse du CA d’avril, mis la majorité de nos opérations en activité partielle dès le 20 mars, limité notre service client au SAV prioritaire pour assurer nos obligations clients.
Nous avons également bien sûr maintenu notre centre de télésurveillance. Nous travaillons avec le Comex du groupe à un plan de reprise optimal de l’activité pour la sortie de crise.
Chef de mission sûreté défense du Grand Port Maritime de Marseille
Dans un contexte de crise sanitaire étendue à une majorité de pays dans le monde, avec des impacts majeurs sur le transport de marchandise, le Port de Marseille Fos constitue un maillon essentiel dans la chaine logistique française. Cette chaîne ne doit pas s’interrompre.
La première chose à mettre en place était le plan de continuité d’activité, quitte dans ce contexte exceptionnel, à le prévoir adaptable en fonction de l’évolution constante de la situation.
Nous avons ainsi équipé l’ensemble de nos collaborateurs d’outils informatiques et mis en place des protocoles de communication sécurisés leur permettant d’assurer leur mission en télétravail. Près de 300 agents travaillent à ce jour depuis leur domicile, soit 28% des effectifs, pour assurer la continuité des missions essentielles et « faire tourner » notre port.
La sûreté continue également à veiller 24h/24 et 7j/7 sur les biens du port. Grâce à la vigilance et à l’engagement des équipes sur le terrain, des vols et actes de malveillance ont ainsi pu être déjoués. Nous avons cependant dû adapter nos process : une nouvelle organisation des rondes a été mise en place pour que les agents ne se croisent plus. De même, l’équipage d’un véhicule de patrouille se limite désormais à une seule personne.
Si l’activité croisière est suspendue, le débarquement des passagers rapatriés reste assuré. Leur contrôle sanitaire ainsi que celui des marins issus de navires de marchandises est quant à lui effectué par l’ARS en coordination avec la préfecture. L’ensemble des autres activités marchandises du port continue de fonctionner.
CDSE : « préciser les conditions à la reprise »
La reprise économique « sera conditionnée par des mesures de précautions sanitaires dont il est aujourd’hui difficile de concevoir la mise en œuvre », indique le Club des directeurs de sécurité des entreprises en soulignant qu’il est urgent de préciser les conditions nécessaires à cette reprise.
Selon le CDSE, il faudra « permettre aux entreprises d’identifier les circuits d’approvisionnement robustes et durables en équipements de protection individuelle et en préciser les conditions d’importations/réexportations ». il sera nécessaire de « définir une nomenclature du port des équipements de protection individuelle nécessaires à chaque activité professionnelle (types de masques…) et définir et organiser la politique de test sérologique par la médecine du travail ». Le club propose de « définir les nouvelles règles de contrôle sanitaire qui devront accompagner la reprise d’activité (nettoyage, désinfection des locaux, mesures de distanciation au sein de l’entreprise) ». Il veut aussi que soit précisé « la doctrine de l’Etat en matière de prise de température à l’entrée des entreprises et des établissements recevant du public ».
De façon plus prospective, il faudrait également « faire évoluer rapidement certaines réglementations relatives à l’élaboration de plans de continuité d’activité dont quelques-unes se sont récemment avérées inadaptées à l’égard des opérateurs d’importance vitale et accélérer les programmes susceptibles de doter la France des technologies souveraines capables de garantir la fluidité et la confidentialité des échanges lorsque le confinement rend indispensable le télétravail ».