Claude Tarlet : « La FFSP souhaite être un organe de dialogue et de cohésion »

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Pour la première fois depuis le rapprochement USP-SNES, le président de la Fédération française des entreprises de sécurité s’exprime sur ses objectifs.

 

En Toute Sécurité – Quelles sont les priorités d’action pour la FFSP ?

Claude Tarlet — L’ambition de la FFSP est de fédérer l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la sécurité privée. Par fédérer, il faut entendre qu’elle souhaite être un organe de dialogue et de cohésion entre les organisations patronales qui la compose. Elle souhaite être un pont entre tous les acteurs de la sécurité privée exerçant une activité réglementée ou non réglementée. Cette Fédération offre une structure et un réseau qui lui permettent d’être un acteur efficace dans une économie dont les modèles se transforment de manière accélérée. L’atout majeur de la FFSP est qu’elle se place au-dessus des polémiques et des questions politiques.

ETS – Quelles relations souhaitez-vous que la FFSP entretienne avec GES ?

  1. T. — Je souhaite que les relations entre la FFSP et le GES soient excellentes conformément à l’histoire qui a toujours connu d’excellents rapports entre la Fédération et la famille de la surveillance humaine. Le GES représente l’activité de surveillance humaine qui est la plus importante de la filière en nombre comme en CA. Le GES a une vocation naturelle à poursuivre l’engagement qui était celui de l’USP, avant sa dissolution, au sein de la Fédération. C’est d’ailleurs l’engagement qu’ont pris devant moi les principaux artisans de la constitution du GES.

Nous souhaitons entretenir avec le GES des relations fortes et constructives dans un climat de respect et de confiance partagé.

La Fédération peut apporter beaucoup au GES en favorisant des échanges utiles avec un monde innovant et créateur de valeur. On ne peut pas réinventer la surveillance humaine sans la penser dans un monde de plus en plus technologique et dans lequel le conseil et l’intelligence jouent un rôle clé. 

Sur l’adhésion du GES à la fédération, il existe des réticences ou interrogations. Des fantasmes sont véhiculés sur la Fédération ou sur ma personne, mais je suis certain que la pertinence du projet fédéral et l’esprit d’unité l’emporteront. Cela n’aurait d’ailleurs aucun sens d’avoir construit l’unité de la surveillance humaine si c’est pour qu’elle se place en marge de la filière, en particulier à l’heure où les salariés attendent des perspectives d’avenir.

ETS – Avec quelles organisations souhaitez-vous conclure ou développer des partenariats ?

  1. T. — Le monde de la sécurité privée, surtout dans les activités réglementées, a trop tendance à fonctionner en vase clos. Or la sécurité de demain est souvent intimement liée à des activités civiles. La technologie qui permet à votre téléphone de regrouper les photos de vos enfants est la même que celle qui permet d’identifier le passage d’un individu recherché. Les applications civiles des drones ont beaucoup en commun avec les applications de sécurité. À l’inverse, il est essentiel d’intégrer toujours mieux les principes de sécurité dans les métiers qui y sont liés. Je pense en particulier au bâtiment. La Fédération doit favoriser la fertilisation des savoir-faire entre monde civil et monde de la sécurité. De nombreuses PME françaises ont des solutions exceptionnelles à développer, à croiser et à exporter. 

Quant aux métiers de l’incendie, leur place parmi les professionnels de la sécurité est une évidence et les liens sont déjà bien établis.

ETS – Le rapprochement entre GPMSE et USP Technologies semble prendre du retard. Y a-t-il un problème particulier ?

  1. T. — Les rapprochements d’organisations sont un exercice compliqué, avec une forte dimension humaine. Il est très important que chacun soit respecté dans son rôle et sa sphère d’influence. Le rapprochement de l’USP Technologies et du GPMSE progresse et se fera dans le calendrier prévu. Il n’y a aucune difficulté majeure.

ETS – Pensez-vous que le rapprochement de l’USP et du SNES dans la surveillance humaine pourrait aussi se réaliser avec les organisations de formation ?

  1. T. — C’est naturellement mon souhait et c’est le prolongement logique du processus engagé. C’est un sujet essentiel pour l’avenir. Il doit être abordé dans le respect des histoires des organisations professionnelles qui se sont constituées pour représenter cette activité qui est, pour partie, dans le champ réglementé. La FPS, membre de la Fédération est ouverte aux échanges utiles.

C’est un travail de fond qui doit permettre de dépasser les clivages entre les uns et les autres afin de faire naître un projet et des référentiels partagés et construire une véritable stratégie de compétence couvrant l’ensemble des métiers de notre écosystème. Il faudra le faire avec l’appui des universitaires et des chercheurs.

ETS – Et avec celles du transport de fonds ?

  1. T. — Dans le transport de fonds, la Fédération joue un rôle discret pour favoriser une convergence et le rassemblement des deux organisations professionnelles existant à ce jour. Cette activité est en pleine mutation. Et le marché, ces dernières semaines le montrent, est marqué par des mouvements importants pour Loomis et Brink’s.

ETS – On prête au SESA l’intention de quitter la branche et probablement la FFSP. Qu’en est-il ?

  1. T. — La sûreté aéroportuaire regarde, peut-être, du côté du monde du transport, se sentant probablement moins à l’aise dans une branche dominée par des activités à très faible valeur ajoutée. Cela doit naturellement nous interroger sur l’avenir des activités de surveillance humaine.

La sûreté aéroportuaire est elle-même dans une logique de transformation de ses modèles avec le développement de technologies innovantes. La place de la sûreté aéroportuaire est libre de ses orientations mais elle a sa place naturelle au sein de la grande famille de la sécurité privée.

Par exemple, le transport de fonds est rattaché à la convention collective du transport, mais il est bien présent à la FFSP, car c’est une activité de sécurité privée, de surcroît une activité réglementée par le Code de la sécurité intérieure. C’est le cas de la sûreté aéroportuaire.

ETS – Quel sera le rôle des entreprises de high tech qui voudront adhérer directement à la FFSP ?

  1. T. — Les entreprises de technologies, qui sont très diverses (cloud, robots, drones, logiciels, systèmes de sécurité, cybersécurité, etc.) doivent nous aider à construire les offres de sécurité de demain, les structures professionnelles utiles pour les accompagner et les évolutions de la réglementation nécessaires.

La Fédération sera ce carrefour des cultures de la sécurité, des technologies et des organisations professionnelles. Elle permettra aussi aux acteurs de se rencontrer et de développer des relations commerciales.

Elle le fera dans le cadre de cercles de réflexion partagés et ouverts aux clients afin de co-construire des relations équitables et porteuses de valeur pour tous.

Elle ouvrira ses portes, en lien avec de nombreuses structures, au monde de l’intelligence artificielle dont l’impact disruptif sur le marché va devenir très puissant.

ETS – Quel est votre analyse concernant la profession de la sécurité ? Son rôle futur ?

  1. T. —L’avenir de la sécurité privée est radieux ! Mais ce ne sera pas la sécurité privée que nous connaissons aujourd’hui. C’est une sécurité privée qui va apporter toujours plus de technologies qui décupleront les capacités des agents de surveillance et des forces de l’ordre. Cette alliance de la technologie et de l’homme, selon des dispositifs intelligemment conçus, va parvenir à faire encore reculer les menaces de toute nature, tout en améliorant la pertinence des solutions et leur adaptation à des besoins nouveaux.

ETS – Quel est votre regard sur les relations passées entre USP et SNES ?

  1. T. — Les relations entre l’USP et le SNES étaient en réalité plutôt bonnes. Le succès du rapprochement en est la preuve. Il y avait quelques acteurs qui, pour des raisons d’intérêt personnel ou par mauvais esprit, entretenaient un climat négatif entre les deux organisations. Deux organisations, ce sont deux fois plus de prébendes, deux fois plus de salariés et consultants… mais les vrais entrepreneurs savent ce qu’ils ont en commun, quelle que soit leur organisation professionnelle. L’important est de construire une vision partagée pour tous les acteurs du métier, dans une profession qui a et qui conservera des entreprises de toutes les tailles.

ETS – La concertation sur les réformes a pris beaucoup de retard. Êtes-vous optimiste sur l’avenir de ce dossier ?

  1. T. — Concernant les réformes du secteur et les suites du rapport Thourot-Fauvergue, il existe des signes d’un regain d’intérêt pour le dossier. Nous y sommes bien sûr très attentifs et nous devrons, en appui de chacune des activités concernées, veiller à ce que les avancées retenues soient les plus pertinentes et urgentes pour la profession. Et bien sûr, je serai extrêmement vigilant quant à la préservation du tissu des PME françaises qui sont synonymes d’excellence et d’innovation.

ETS – Vous avez récemment démissionné de vos mandats au CNAPS. Qu’est-ce qui a motivé cette décision?

  1. T. — J’ai été nommé membre du Collège et de la CNAC au titre de l’USP. L’USP n’existant plus, il m’a semblé logique de remettre mon mandat à la disposition du ministre de l’Intérieur. De plus, malgré les grandes avancées permises par le CNAPS, il est désormais évident que la régulation du secteur a besoin d’évoluer. Je serai plus libre en portant un regard et une parole extérieurs à l’institution.

Propos recueillis par Patrick Haas, Rédacteur en chef