Menace terroriste, acte de malveillance, prise d’otage, délits de droits communs. Sans compter les risques d’incendie ou sanitaires… Véritable ville dans la ville, les établissements hospitaliers sont confrontés à de nombreux dangers, alors même qu’ils ont été conçus et construits pour rester ouverts le plus largement possible au public.
Mais les temps ont changé. Face à l’évolution du contexte sécuritaire, le CHU de Montpellier a mis en place une nouvelle politique sûreté destinée à améliorer les conditions de travail des soignants, ainsi que la qualité d’accueil et d’hébergement des patients.
« Effectivement, bien qu’ouvert sur la ville, l’hôpital doit aujourd’hui pouvoir être davantage sécurisé et fermé lorsque les circonstances l’exigent », explique Marc Monssus, responsable de la sécurité incendie, de la sûreté et de la gestion de crise de l’établissement, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.
Des lignes de protection successives
Pour atteindre ces objectifs, d’apparence contradictoires, le centre hospitalier adopte pour chacun de ses hôpitaux, répartis sur trois sites principaux, une stratégie de « fermeture périphérique » de leurs emprises. « Nous opérons par lignes de protection successives comme pour un pavillon, en commençant par clôturer son terrain », illustre Marc Monssus.
Le mur ceinturant les différents bâtiments existait déjà, mais a été renforcé par la mise en place de grillages et de systèmes de contrôle d’accès sur les différents points de pénétration (portails pour les véhicules, portillons pour les piétons), qui restent ouverts en journée, mais sont fermés la nuit, hormis l’unique entrée principale.
« L’objectif premier consiste donc à pouvoir isoler rapidement l’enceinte périphérique des autres entités juridiques et ce, afin de sanctuariser le site en cas de problème survenant de l’intérieur comme de l’extérieur. Il peut s’agir par exemple d’aider les Forces de Sûreté Intérieure à maîtriser un forcené agissant dans l’une de nos emprises, d’éviter tout débordement pouvant provenir d’une manifestation extérieure. Lors de la survenue de tels évènements, seule l’entrée principale doit rester ouverte au public », explique le responsable sécurité.
Deuxième niveau de protection, les « pavillons », implantés à l’intérieur des murs. « Cette deuxième périmétrie va pouvoir nous permettre à terme de verrouiller à distance depuis le PC sûreté, chaque hôpital individuellement. Cette action sera effective chaque soir, dès la fin des visites accordées aux patients. Par ailleurs, et de par le règlement de sécurité contre l’incendie relatif aux établissements recevant du public, le bâtiment pourra toujours être évacué en cas de besoin », confie Marc Monssus.
240 caméras de vidéosurveillance
Un 3e niveau de sécurisation concerne l’accès aux services de soins. « Ces services sont sécurisés par un lecteur de badges mis en place sur les portes d’accès et à l’entrée de chaque service. Seul le personnel affecté au service concerné peut y pénétrer », précise-t-il. De même, l’ensemble du CHU (à l’exception des chambres et des services de soin) est couvert par un réseau de 240 caméras de vidéosurveillance, toutes reliées au PC sécurité et surveillées 24h/24 et 7J/7 par des agents de sécurité. Elle permet aux agents affectés au PC sûreté de surveiller les sites en temps réel et d’engager si besoin, les agents de sécurité et la police nationale.
Cette stratégie de confinement en « peau d’oignon », et cette surenchère technologique n’affranchissent cependant pas l’établissement de l’augmentation des violences envers son personnel. « On retrouve aujourd’hui le même degré d’agressivité vis-à-vis des soignants, que celle que l’on constate envers les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre. La blouse n’est plus une protection et parfois même, désigne comme cible ceux qui la porte. Il est donc impératif de mettre en place des mesures destinées à protéger les personnels, les personnes et les biens », révèle Marc Monssus. Certains personnels soignants sont ainsi eux-mêmes formés aux comportements à adopter lorsqu’ils sont confrontés à des comportements violents.
Une « salle de réflexion » isolée de la cellule de crise
Dernier élément pour compléter ce dispositif destiné à parer à toute éventualité : la gestion de crise. « L’avenir, ne se prévoit pas, il se prépare », explique Marc Monssus en citant le philosophe français Maurice Blondel. « Les situations d’urgence émanant d’une crise soudaine et souvent incontrôlée exigent de prendre un temps d’avance sur la survenue de l’évènement. Aussi, l’exploitant a un rôle majeur à jouer pour ce qui concerne notamment, la prévention et l’évaluation des risques, la préparation des mesures de sauvegarde et la protection des personnes et des biens. L’anticipation doit être le grand principe qui régit les actions mises ou à mettre en œuvre », ajoute-t-il.
Pour y répondre, la cellule de crise mise en place mêle étroitement tous les services de l’établissement : directeur de garde, Samu, responsable secteur sécurité incendie-sûreté, ressources humaines, logistique/soutien et communication. Cette organisation structurée et flexible, capable de traiter les situations exceptionnelles, permet au directeur général de commander et de diriger le CHU lors d’évènements particuliers et en toutes circonstances, grâce à un travail de coordination interservices mise en place en amont avec les centres de commandement et de coordination activés (préfecture, sapeurs-pompiers, police, gendarmerie…).
Cet organe se structure autour de trois postures graduées de réponse pour faire face à un spectre complet d’évènements : posture immédiate, renforcée et crise. Chacune d’elle peut être modulée afin d’adapter au mieux la réponse aux risques et à la menace. Aussi, et afin de pouvoir faire face à tout type d’évènement à cinétique rapide ou lente, le CHU de Montpellier dispose d’une salle de gestion de crise et d’une salle de réflexion. La salle de gestion de crise dispose d’un renvoi de la vidéosurveillance des sites du CHU. Ce système permet d’être connecté au terrain en temps réel. Il s’agit d’une indéniable plus-value pour le CHU, comme pour les autorités publiques (Préfet, DDSP…). Il s’avère cependant primordial que le directeur général et le directeur général adjoint pilotent l’ensemble dans une « salle de réflexion » isolée de la cellule de gestion, afin de disposer du recul et de la sérénité nécessaire pour prendre les bonnes décisions.
Marc Monssus : des pompiers de Paris au CHU de Montpellier
Titulaire d’un Master 2 en droit public et science politique, instructeur en sports de combat, Marc Monssus a intégré les unités opérationnelles de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) de 1993 à 2006.
Il a ensuite été adjoint au responsable de la formation des officiers affectés à la Brigade de 2006 à 2007, puis adjoint au chef de centre d’incendie et de secours de 2007 à 2010 et chef de centre d’incendie et de secours de 2010 à 2013, puis chef de cabinet de 2013 à 2018.
Il intègre le CHU de Montpellier au titre de responsable de la sécurité incendie et de la sûreté en octobre 2018.
CHU de Montpellier en chiffres
• 7e hôpital de France ;
• 12 000 employés (ETP) ;
• 85 hectares ;
• 430 000 m² de surface de planchers ;
• 1995 lits et 594 places ;
• 3 employeur de la région Occitanie ;
• Toutes les spécialités médicales et chirurgicales ;
• 3 missions : soins, recherche et enseignement.