Elle ne renferme ni ne transporte aucune valeur… C’est pourtant l’une des banques les mieux protégées de France ! Face à la multitude de menaces qui pèsent sur son siège social en plein cœur de la capitale et sur ses collaborateurs en mission dans les zones les plus défavorisées du monde, la Banque du développement social en Europe a dû faire évoluer sa politique et les moyens mis en œuvre pour assurer sa sécurité. « Au-delà des normes, il a fallu se mettre au meilleur niveau de l’état de l’art », confie Emmanuel Gely, directeur sûreté de l’établissement, lors d’une interview exclusive accordée à en Toute Sécurité.
Créé en 1956 par huit États du Conseil de l’Europe pour répondre aux problèmes des réfugiés suite aux bouleversements politiques après la Seconde Guerre mondiale, la CEB apporte aujourd’hui son expertise technique et financière pour accompagner des projets à fort impact social dans ses pays membres. Dans le cadre de son mandat, elle peut ainsi accorder aux gouvernements, aux administrations locales ou régionales, aux institutions financières publiques ou privées ou des banques de ses 41 États membres, des prêts pour cofinancer des projets en matière de croissance durable et inclusive, d’intégration des réfugiés, des personnes déplacées et des migrants ou pour mener des actions en faveur du climat.
Un statut d’extraterritorialité
« Nous sommes bien dans une banque européenne, mais comme dans une représentation diplomatique, nous bénéficions du statut de l’extraterritorialité. Aucune autorité locale ne peut ainsi pénétrer dans nos locaux sans l’autorisation expresse de notre gouverneur. Nous pouvons nous organiser comme nous l’entendons en termes de sécurité. Nous nous appuyons cependant sur les directives européennes et sommes même surprotégés au regard de ces règles », explique Emmanuel Gely. C’est ainsi que les 5 000 m² répartis sur six étages de son siège social est vidéosurveillé par un réseau composé d’une centaine de caméra. Le contrôle d’accès par badge est également sécurisé par un portique et un tunnel de contrôle des bagages. De même, toutes les pièces ainsi que les ouvrants accessibles sont contrôlés par des systèmes de détection volumétriques, des radars, des détecteurs d’ouverture ou de chocs… Toutes les alarmes sont remontées à un PC centralisé et communiquées en temps réel 24 heures sur 24 à Brink’s.
Même surenchère sécuritaire en termes de moyens humains pour cet établissement surveillé (même la nuit) par une dizaine d’agents de sécurité via un prestataire extérieur. « Celui-ci est testé durant une longue période. Nous demandons à leurs équipes une tenue irréprochable, des connaissances en langue anglaise bien sûr, mais également d’être à l’aise avec les nouvelles technologies afin de maîtriser les moyens techniques de surveillance mis en place », précise Emmanuel Gely. Car même si la CEB ne renferme aucune liquidité, son statut d’établissement bancaire pourrait attiser la convoitise de malfaiteurs. Ou encore désigner l’établissement européen comme une cible lors de manifestations ou comme symbole de revendications.
Des risques multiples
« Sans compter que nous recevons régulièrement de nombreuses hautes personnalités. Il peut ainsi s’agir d’un ministre du travail ou d’un premier ministre étranger à l’occasion de la signature d’un protocole de coopération donnant lieu à un prêt. Le gouverneur de la CEB peut également recevoir dans les salons de la banque, afin d’organiser des réceptions et des cocktails », ajoute le directeur sûreté. A ces occasions, l’établissement travaille main dans la main avec les services de l’Etat, dont notamment celui du protocole du Quai d’Orsay, afin d’assurer tout du long de leur visite la sécurité de ses convives. Il fait aussi appel à des prestataires supplémentaires en matière de sécurité. « Nous travaillons notamment avec la société de surveillance L’Anneau, avec qui nous avons su tisser des relations de confiance », confie Emmanuel Gely.
Les missions de la CEB et de ses collaborateurs ne se limitent pas à la signature de protocoles d’accords dans les salons feutrés de ses prestigieux locaux de l’avenue Kléber. Le choix des projets à financer et la vérification de la bonne utilisation des fonds octroyés nécessitent en effet de nombreux déplacements de ses représentants, dans des zones de l’Europe souvent défavorisées, en situation d’urgence suite à une catastrophe naturelle, ou confrontées à des problématiques migratoires, comme c’est notamment le cas actuellement à la frontière turco-syrienne.
La Banque du développement social en Europe en chiffres
• 41 États membres
• 13,7 milliards d’€ d’encours de prêts
• 3,5 milliards d’€ de projets approuvés en 2016
• 197 agents permanents
• 31 nationalités
« Parmi les 200 personnes d’une quarantaine de nationalités qui travaillent pour la banque, une centaine voyage régulièrement dans tous les pays d’Europe. Ils doivent également se rendre à des colloques organisés dans le monde entier », explique Emmanuel Gely. Aux vues de la diversité de profils à protéger et de la multitude de risques auxquels ils pourraient être exposés, allant de l’accident de la route, à l’attentat terroriste, en passant par une rage de dents, la banque sociale a lancé un appel d’offre afin de s’appuyer sur un spécialiste. Et a choisi International SOS, leader de l’assistance médicale et très présente dans les services pour les risques à l’international (voir ETS n°566 et 637).
Alerter d’un simple clic sur une icône
« Les services de ce partenaire sont couplés à ceux de notre agence de voyage. Ainsi, à chaque demande de mission à l’étranger, nos collaborateurs reçoivent directement un guide pays avec les recommandations nécessaires pour un déplacement dans cette zone. Il comprend notamment un mini historique politique du pays visité et les risques auxquels ils pourront se retrouver confrontés en temps réel. Ou bien encore les endroits où ils ne sont pas autorisés à se rendre. International SOS a également développé une application sur smartphone, permettant à n’importe lequel de nos collaborateurs et où qu’il se trouve, de les alerter d’un simple clic sur une icône. Enfin, International SOS est associée depuis dix ans avec la société britannique de sûreté Control Risks, capable en cas de nécessité de porter secours et assistance et de nous accompagner dans la mise en place d’une cellule de crise », analyse le directeur sûreté.
International SOS sert aussi d’interface avec l’assurance de CEB lui permettant ainsi d’optimiser le coût de ses contrats. Elle s’appuie enfin sur un réseau de partenaires dans tous les pays. Permettant ainsi aux employés de la banque européenne de bénéficier d’un niveau de soins identique qu’en plein cœur de Paris.
Emmanuel Gely : du GIGN à la banque
Après onze ans passés au Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale pour assurer notamment des missions de protection de personnalités, ou d’observation recherche, Emanuel Gely, intègre en 2011 le groupe industriel SCC, comme responsable sécurité sûreté, puis en 2014 la SSII Sogeti France comme consultant senior en cybersécurité. Diplômé d’un master professionnel en sécurité des systèmes d’information, ainsi que d’un master professionnel en gestion des risques et de la sécurité des patrimoines immobiliers et industriels, Emmanuel Gely rejoint la CEB en juin 2016 comme adjoint au directeur de département des services généraux et sécurité