Patrick Lagarde : “Il s’git d’une démarche extrêmement novatrice, car aucune banque n’a franchi cette étape en France”.
Le leader du transport de fonds en France a signé un contrat d’exploitation globale et de gestion dynamique des 11 600 automates bancaires du groupe BPCE.
« C’est un contrat stratégique qui nous positionne comme intégrateur de services dans l’écosystème du cash. Il nous donne le pilotage global du projet, comprenant des prestations d’infogérance, de développement de logiciels, de maintenance et d’approvisionnement des automates, tout en assurant la gestion des divers prestataires concernés de BPCE », déclare Patrick Lagarde, président de Brink’s France, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.
Ce contrat pluriannuel, dont le montant et la durée ne sont pas dévoilés, va mobiliser une soixantaine de personnes chez Brink’s en vitesse de croisière. « Grâce à ce contrat, BPCE devient -et de loin- notre premier client devant Crédit Agricole et Société Générale », indique le président. C’est le résultat d’un appel d’offre de deux ans, auquel le concurrent Loomis n’a pas participé.
« Il s’agit d’une démarche extrêmement novatrice, car aucune banque n’a franchi cette étape en France et l’on recense seulement des projets de taille plus restreinte en Europe », souligne Patrick Lagarde. « Nous allons devoir chercher des talents en externe, car nous sommes loin de nos métiers traditionnels », ajoute-t-il.
Ce contrat va apporter de nouveaux services aux clients, souligne la direction de BPCE, interrogée par En Toute Sécurité. Les détenteurs de cartes bancaires de Banques Populaires, Caisse d’Epargne, Crédit Coopératif et Banque Palatine auront en effet accès à des services et des informations identiques quelle que soit l’agence dans laquelle ils se rendront, y compris en province, ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle. Un travail d’harmonisation qui va prendre du temps.
Une année pour la mise en œuvre
La configuration n’est pas optimisée aujourd’hui, notamment en raison de prestataires techniques différents, ce qui va être remédié puisque Brink’s va être le pilote unique, mais pas le prestataire unique. Une situation qui ne manque pas de piquant puisque le groupe va notamment piloter les prestations de son concurrent Loomis, mais aussi des fabricants d’automates bancaires ou des sociétés informatiques. Au total, Brink’s va effectuer lui-même la moitié du total des prestations prévues. Autre élément à prendre en considération : la moitié seulement des prestations de maintenance des DAB est externalisée et Brink’s devra décider si cela doit continuer ainsi.
« Il s’agit d’un chantier lourd qui nécessitera une bonne année pour sa mise en œuvre », précise le président de Brink’s France.
Il espère que ce « changement de modèle » va se développer en France et dans d’autres pays et que la filiale française de l’entreprise américaine va pouvoir mette en avant son expertise dans ce nouveau domaine. « C’est un moyen d’accélérer la transformation du groupe », estime Patrick Lagarde. Brink’s France avait entamé en 2014 une première démarche dans ce sens avec le lancement de Momentum, qui comportait une activité d’ingénierie financière et une optimisation des services (voir ETS n°569 et 604).
Négociations exclusives pour racheter Garance à Sotel
Brink’s annonce début juillet être entré en négociations exclusives avec le télésurveilleur Sotel pour lui racheter le fonds de commerce de sa filiale Garance spécialisée dans le traitement des valeurs.
« Dans un contexte de marché qui se durcit sur les tarifs, c’est une opportunité qu’il fallait saisir », explique Patrick Lagarde à En Toute Sécurité. Garance, implanté dans la région de Toulouse où Loomis occupait une situation de leader, effectue des prestations de comptage pour des clients comme Crédit Agricole, Banques Populaires, Caisse d’Epargne ou LCL, qui sont d’ailleurs les actionnaires de Sotel. La société réalise un CA de 2,6 M€ avec 27 salariés.
Cette opération illustre la concentration du métier du transport de fonds en France après le rachat de Temis, n°4 de ce secteur, par Brink’s en 2017 (voir ETS n°637) et celui de Prosegur Cash, n°3 de la profession, par Loomis en avril dernier (voir ETS n°674).
De son côté, Sotel confirme l’évolution de sa stratégie avec cette cession, un mois seulement après avoir effectué les deux premières acquisitions de son histoire (voir ETS n°677) : le télésurveilleur AG Veille et l’installateur Security Conception Systems.