Avec Temis, Brink’s renforce sa place de leader

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Patrick Lagarde : “Nous ferons jouer toutes les synergies, tout en conservant l’entité juridique de Temis”.

Le leader du transport de fonds en France vient tout juste de signer un accord pour le rachat de Temis, n°4 d’une profession déjà extrêmement concentrée, pour un montant de 71 M$.

« Dans un marché du transport de fonds structurellement en décroissance, hautement capitalistique, qui subit la pression continue des clients sur les prix et impose en permanence des efforts de compétitivité, cette opération est davantage défensive qu’offensive. Elle vise à mieux répondre aux besoins des clients », déclare Patrick Lagarde, PDG de Brink’s France au cours d’une interview exclusive accordée à En Toute Sécurité.

Après avoir annoncé fin juillet être entré en négociations exclusives, Brink’s a signé un accord de rachat le 24 août. La phase de consultation des partenaires sociaux devrait s’achever début septembre et il faudra obtenir l’accord du ministère de l’Economie, car il s’agit d’un investissement émanant d’un groupe américain. La finalisation devrait intervenir le 1er novembre.

« Temis, qui possède de réelles compétences en matière de services et de technologies, conservera son entité juridique et sa marque en région parisienne. Ce ne sera pas une simple absorption. Nous ferons cependant jouer toutes les synergies possibles, notamment au niveau des sièges sociaux, des agences, des matériels, des fonctions supports, du commercial et du mangement », affirme Patrick Lagarde.

Didier Chaudat, fondateur de l’entreprise en 1998, assurera la transition durant quelques mois. Celui-ci a notamment été président de l’organisation professionnelle Fedesfi de début 2015 à fin 2016 (voir ETS n°579). Brink’s reprendra 100% du capital de l’entreprise qui est détenu à 52,5% par la holding de Didier Chaudat, à 30% par la société de capital investissement Pechel (présente depuis septembre 2014) et à 17,5% par la holding d’Alain Bréau, PDG du groupe de transport Mory au milieu des années 90.

 

Une part de marché de 50% pour Brink’s

Temis, rentable à un niveau supérieur à la marge moyenne du secteur et employant 500 personnes, a réalisé un CA de 44,8 M€ en 2016 contre 42,8 M€ l’année précédente. Les entités reprises sont Temis (36 M€ dans le transport de fonds avec cinq agences en région parisienne, Lille et Toulouse), Les Goélands (6,6 M€ dans le transport de valeurs par véhicules légers) et Temis Formation (2 M€ avec un large éventail de cursus).

En rachetant Temis, Brink’s effectue une belle prise : il s’agit en effet d’une des dernières sociétés indépendantes qui -de plus- dispose d’une taille significative. Brink’s détiendra une part de marché de 50% à l’issue de l’opération, contre 45% actuellement selon les statistiques de l’Atlas d’En Toute Sécurité. Il se positionnera largement devant Loomis (37%) et Prosegur (7,5%). « Avec Brink’s et Loomis aujourd’hui seuls présents sur 70% du territoire, le marché s’oriente vers un duopole sur l’essentiel de la métropole », analyse Patrick Lagarde.  Les deux entreprises se connaissent bien : Les Goélands, filiale créée par Brink’s en 1972, avait été revendue en 1999, puis repris par Chèque Déjeuner et ensuite par Temis en 2010. En mars dernier, Brink’s Global Services avait signé un partenariat avec Temis HBJO, spécialisée dans la logistique de biens précieux (voir ETS n°628).

Cette acquisition s’inscrit dans la stratégie mondiale du groupe américain qui affiche des objectifs ambitieux pour ces prochaines années, notamment en matière de croissance externe. Le rachat de Temis constitue en effet sa cinquième opération depuis le début de l’année, après des acquisitions aux Etats-Unis, Argentine, Chili et Brésil.

De son côté, Brink’s France a amélioré sa rentabilité opérationnelle en 2016 qui s’élève à 33 M€ (+5%), indique Patrick Lagarde, tandis que le CA a diminué à 405,8 M€ contre 422,6 M€ en 2015, en grande partie en raison de la perte du contrat de sûreté aéroportuaire de Nice, mais aussi à cause de la baisse des dessertes en transport de fonds. Cette situation est également responsable de la baisse des effectifs à 5 528 salariés fin 2016 contre 5 863 un an auparavant.

Momentum, le nouveau modèle de services lancé en 2014 (voir ETS n°569, 598 et 604) qui vise à optimiser les prestations, a demandé plus de temps que prévu dans la partie interbancaire, tandis que 40% des dessertes de transport de fonds sont actuellement assurées par ce type d’offre, indique Patrick Lagarde.