Patrick Mansuy : “Le Japon représente le quart de nos ventes totales”.
Depuis sa création en 2009, cette société spécialisée dans la sécurité industrielle et la vision artificielle développe et commercialise une caméra embarquée intelligente destinée à prévenir les risques de collision entre piétons et équipements de chantiers. Si le marché a d’abord mis un peu de temps à accueillir sa technologie, la société connaît aujourd’hui une forte croissance et s’attend à doubler son CA d’ici la fin de l’année, passant de 5 à 10 M€, indique son président et cofondateur, Patrick Mansuy, au cours d’un entretien accordé à En Toute Sécurité.
Après une carrière d’ingénieur dans l’industrie électronique de défense — notamment chez Safran — Patrick Mansuy, 50 ans, fonde Arcure avec l’un de ses anciens collègues, Franck Gayraud, directeur général. « Nous avons d’abord fait, avec notre partenaire technique, le CEA, un effort important sur le développement du produit, puis pour en justifier le prix et évangéliser le marché », indique Patrick Mansuy. De fait, l’essentiel des investissements d’Arcure se déploie, à part égale, sur la R&D et le développement marketing. « Les évolutions sont relativement lentes sur le marché de la sécurité industrielle, contrairement au BtoC, où les innovations se répandent beaucoup plus vite », explique le dirigeant.
Son produit phare, baptisé Blaxtair, a fait l’objet de six brevets. Par triangulation, cette caméra télescopique peut détecter les obstacles situés à proximité des engins de chantier. Une analyse morphologique recourant à l’intelligence artificielle lui permet ensuite de distinguer s’il s’agit d’objets ou de piétons et d’alerter le conducteur en fonction du risque. Grâce à cette détection, Arcure entend éviter les alarmes intempestives et accroître l’efficacité opérationnelle des utilisateurs de son système. À l’équilibre, la société emploie 35 salariés, principalement des ingénieurs et des commerciaux spécialisés. « Nous recrutons en permanence, depuis le début de l’année nous avons embauché cinq ou six personnes, et nous devrions en recruter autant d’ici la fin 2018 », annonce Patrick Mansuy. Le capital est réparti pour un tiers entre les deux cofondateurs, les deux tiers restants étant détenus par des fonds d’investissement et un business angel.
Le Japon, premier client à l’export
La société s’adresse à deux types de clients. Il y a d’une part ses utilisateurs finaux, constitués de tous les industriels employant des véhicules de chantiers : groupes de construction et de travaux publics tels Bouygues ou Vinci, ou encore des centres de recyclage « où de nombreux piétons et véhicules se côtoient », ainsi que d’autres grands groupes comme Faurecia, Heineken ou Danone. D’autre part, la société travaille directement avec les constructeurs de véhicules industriels qui intègrent sa technologie à leurs engins en amont, y ajoutant par exemple un dispositif de freinage automatique. Si Arcure s’adresse aussi à des petites structures, les gros groupes sont pour l’heure plus prompts à investir, explique Patrick Mansuy. « Aujourd’hui nous souhaitons rester concentrés sur notre marché. C’est une niche mais le marché est très vaste et nous sommes encore loin de l’avoir saturé », estime-t-il.
Alors que l’intelligence artificielle occupe une place grandissante dans les préoccupations des industriels, il y a surtout, selon lui, « une prise de conscience qui se renforce dans le secteur sur le coût des accidents, à la fois en termes humain, financier et d’image ». En outre, « les AGV (automated guided vehicules) existent déjà depuis plusieurs années » et les véhicules de chantier autonomes semblent amenés à se développer plus vite que la voiture autonome à destination des particuliers, car ils évoluent en milieu clos, dans des entrepôts, et, partant, soulèvent moins de réticences.
En plus de son siège francilien, Arcure dispose d’un site de production en Normandie et de bureaux commerciaux en Grande-Bretagne et à Hong Kong. En effet, l’export représente pas moins de 70% de son CA et la société, via son réseau de distributeurs, est active dans une trentaine de pays. À lui seul, le Japon représente 25% de son CA et constitue son plus gros client à l’export. « Ce pays à la population vieillissante est très avancé dans sa réflexion sur l’automatisation, notamment pour les véhicules », indique Patrick Mansuy.