Année 2019 positive pour la sécurité, avant le séisme de 2020

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Davantage de sociétés de sécurité rentables en 2019, une croissance assez franche de l’activité dans la plupart des secteurs, une reprise des embauches : le bilan est plutôt positif pour la profession, selon les données récoltées auprès d’environ 1600 entreprises de sécurité et analysées dans notre Atlas qui vient de paraitre.

Néanmoins, nos sondages effectués tant auprès des directeurs sécurité que des dirigeants d’entreprises de sécurité montrent que le tsunami va être inédit en 2020.

La sécurité privée apparait donc plutôt en bonne santé pour affronter la crise économique qui est la conséquence inéluctable de la crise sanitaire.

Avec une croissance de 3,8% en 2019, pour frôler les trente milliards d’€ de CA (29,95 milliards), les entreprises de sécurité ont enregistré une meilleure performance que la moyenne des dix dernières années (+3,2%).

Une majorité de secteurs affiche une progression plus rapide qu’en 2018 : douze sur 22. De plus, ce sont les activités les plus importantes par leur poids économique ou leur place stratégique qui sont les plus dynamiques. La croissance accélère en effet dans l’alarme (+4,8% en 2019 contre +4,1% l’année précédente), le contrôle d’accès (+6,5% contre +3,6%), le gardiennage (+3,7% contre +1,9%), la télésurveillance résidentielle (+12,4% contre +9,6%) ou la vidéosurveillance (+5,1% contre +4,3%).

Pour les secteurs où la croissance ralentit, la différence est peu significative pour la cybersécurité et la serrurerie et plus marquée pour les enquêtes privées et les drones de surveillance. Le recul est de mise dans l’intervention sur alarme (-0,2%), la sécurité intérieure de l’Etat (-0,4%) et le transport de fonds (-3%).

 

Amélioration sur le front de la rentabilité

Soutenue par cette croissance dynamique, la profession a logiquement amélioré sa santé financière. 69% des entreprises ont dégagé des bénéfices en 2019 (contre 64,5% l’année précédente), ce qui place ce millésime dans la moyenne exacte des dix dernières années. Cependant, ce pourcentage reste en retrait du record de 2016 (75%) ou des bonnes performances de 2015 et 2017 (73%).

Autre signe positif : le nombre de sociétés à l’équilibre financier diminue, passant de 14,5% en 2018 à 10% l’année dernière.

En revanche, les entreprises en pertes sont encore en grand nombre : 14%, soit le même niveau que celui enregistré depuis trois ans. Elles se recrutent surtout parmi les petites structures qui ont évidemment davantage de difficultés pour s’adapter à un univers très changeant.

Le nombre de faillites reste également identique depuis trois ans, à 7%, en nette diminution par rapport au pic de 2011 (10,5%) et de 2014 (10%). On ne note d’ailleurs aucune liquidation ou redressement judiciaire de grosses entreprises, contrairement à ce que l’on pouvait couramment constater à la fin des années 2000. Aujourd’hui, la taille moyenne des sociétés en faillite est de quelques M€ seulement.

Le pourcentage d’entreprises bénéficiaires augmente dans seize secteurs sur 22, principalement dans la sûreté aéroportuaire, les équipements blindés, la protection rapprochée, la serrurerie, le transport de fonds, la formation en sécurité et la cybersécurité. Avec 67% d’entreprises rentables, le gardiennage effectue une belle remontée par rapport à 2018 (61%), se rapprochant de son beau score de 2016 (70%).

Parallèlement, les performances sont également en progression sur le plan de l’emploi avec la création nette de près de 3 000 postes sur des effectifs totaux de 255 000 salariés dans l’ensemble de la filière. La progression se situe à +1,1%, à comparer avec les 0,5% de croissance de la population active en 2018 et de 0% en 2017.

 

Retournement historique en 2020

Ces résultats n’ont rien de commun avec ceux qui seront enregistrés en 2020. Le confinement durant un trimestre et la reprise économique entravée par la seconde vague d’épidémie de la rentrée ont porté un rude coup aux performances des sociétés de sécurité.

Sondés par En Toute Sécurité entre les mois de mai et septembre, les dirigeants d’entreprise se montrent passablement inquiets. Pratiquement la moitié (46%) anticipe une baisse de leur activité en 2020, alors que 24% estiment qu’une prévision à ce sujet est impossible à faire. Seuls 15% pensent que leur société sera en croissance. Près de la moitié d’entre eux (47%) affirme d’ailleurs que les donneurs d’ordre en ont profité pour relancer la guerre des prix en faisant davantage jouer la concurrence.

Les patrons ne se montrent pas non plus très enthousiastes pour 2021 : 45% affirment qu’ils n’ont aucune visibilité sur la santé de leur entreprise pour cette année-là, 24% prévoient une baisse d’activité, 11% pas de changement notable et 20% une croissance.

Dans le dossier spécial sur l’impact de la crise sanitaire de notre Atlas, nous publions des prévisions de marché plutôt alarmantes.

Le nombre d’entreprises rentables va probablement descendre en dessous de 58%, pourcentage qui était en 2010 le plus mauvais jamais enregistré par la profession. De même, la décroissance sera la règle dans la plupart des métiers de la sécurité, avec des reculs abyssaux dans certains secteurs comme la sûreté aéroportuaire et dans une moindre mesure dans la sécurité intérieure de l’Etat ou le transport de fonds. Seuls six domaines bénéficieront d’une croissance : la cybersécurité, le contrôle d’accès, les drones de surveillance, la téléassistance, la télésurveillance résidentielle et la vidéosurveillance.

Au total, le CA de l’ensemble de la filière pourrait diminuer de près de 9% en 2020, ce qui pulvérise évidemment le record historique de 2009 (-1%), seule année négative depuis la Seconde guerre mondiale.

 

Les missions des directeurs sécurité modifiées par la crise

Les directeurs sécurité ont été en première ligne durant la crise sanitaire : leurs chantiers initialement prévus ont été modifiés par l’irruption de la pandémie pour 65% d’entre eux, selon un sondage réalisé par En Toute Sécurité auprès de plusieurs dizaines d’entre eux durant cet été et publié dans notre Atlas 2020.

Pour un quart des responsables sécurité (26%), la gestion de la crise sanitaire est devenue une priorité, mais aussi la réduction des budgets de sécurité (22%), le renforcement des dispositifs de sécurité (18%), l’achat de matériel de protection sanitaire (13%), le suivi psychologique des salariés (12%) et la révision de la politique sécurité à l’international (9%).

Pendant le pic de la crise, la prévention sanitaire est devenue la priorité n°1 de nombreux directeurs sécurité, qui déclarent avoir été plus réactifs et davantage écoutés par leur direction générale. Ils ont dû régler les dysfonctionnements qui sont apparus et adapter le plan de continuité d’activité.

En raison de la crise, les nouveaux projets de la direction sécurité ont été la rénovation accélérée de la sécurité des sites (25% des réponses), la réorganisation des missions sécurité (20%), l’abandon de certains projets de sécurité (15%), le renforcement de la sécurité des salariés à l’étranger (13%), etc.

Une très large majorité des directeurs sécurité (75%) estime que la coopération avec les autorités publiques a été bonne ou même très bonne, mais ils sont surtout unanimes (à 93%) à penser que la crise sanitaire aura encore des conséquences sur leurs missions en 2021. Un point important : 64% d’entre eux anticipent une augmentation de leur budget sécurité en 2021.

 

Les secteurs en plus forte croissance en 2019. . .

Télésurveillance résidentielle       +12,4%

Drones de surveillance   +10,6%

Cybersécurité    +9,4%

Protection rapprochée   +8%

Ingénierie de sécurité et conseil  +6,6%

Contrôle d’accès +6,5%

Sûreté aéroportuaire      +6,1%

Vidéosurveillance            +5,1%

Lutte contre la démarque inconnue          +5,7%

Alarme anti-intrusion                     +4,8%

Gardiennage      +3,7%

EPI     +3,4%

Equipements blindés      +3%

 

. . .et les moins dynamiques

Formation en sécurité                    +2,8%

Téléassistance                   +2,6%

Serrurerie            +1,7%

Enquêtes privées              +1,6%

Télésurveillance professionnelle +0,7%

Sécurité incendie              +0,3%

Intervention sur alarme -0,2%

Sécurité intérieure de l’Etat          -0,4%

Transport de fonds          -3%

Source : Atlas 2020 d’En Toute Sécurité

 

Patrick Haas – Rédacteur en chef