Alix Ligneau : « Mondial Protection en veille pour des acquisitions »

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Mondial Protection a une réputation de discrétion concernant sa stratégie. Son secrétaire général, Alix Ligneau, dévoile en exclusivité pour En Toute Sécurité les projets et objectifs du groupe, notamment en matière de croissance externe et de diversification dans la sécurité électronique.

 

 

 

En Toute Sécurité – Quelles ont été les conséquences de la pandémie sur l’activité de l’entreprise ?

Alix Ligneau – La crise sanitaire a eu un impact significatif : nous avons perdu 15% de notre chiffre d’affaires en moyenne sur 2020 et 2021, mais que nous avons partiellement compensé par la prise de nouveaux contrats. Cette crise nous a en revanche fait progresser bien plus vite que prévu en matière de digitalisation de nos opérations, de performance en contrôle de gestion opérationnel, ainsi qu’en développement de solutions de sécurité combinée.

 

ETS – Quels ont été les résultats 2021 ?

  1. L. – Le CA s’est élevé à 119 M€ en 2021 contre 123 M€ l’année précédente et 138 M€ en 2019. La rentabilité est moindre du fait de l’impact cumulatif, et sur deux années, de la baisse de marge liée au volume de CA perdu (notamment pour l’événementiel dont notre groupe dépend heureusement minoritairement), du reste à charge des indemnités d’activité partielle que nous avons versées, des nombreux équipements de protection individuels qu’il a fallu acquérir et des primes que nous avons versées au printemps 2020 à nos salariés les plus exposés.

Nous en avons également profité pour volontairement rééquilibrer la proportion de marchés de la grande distribution par rapport à d’autres activités, par exemple avec le gain de la sécurité incendie de l’aéroport de Nice, pour près de 3 M€ par an, ou de plusieurs IGH et ERP sur le plan national.

 

ETS – Le groupe effectue régulièrement des acquisitions. Quelle est la stratégie dans ce domaine ?

  1. L. – Nous pratiquons effectivement de la croissance externe régulièrement, la bonne intégration post-acquisition des entités rachetées étant l’une de nos forces. Nous avons déjà procédé à neuf acquisitions depuis 2013, date de la reprise du groupe Mondial Protection par notre PDG, Pascal Kiekens. Nous ciblons généralement des sociétés réalisant un CA compris entre 5 et 10 M€ et situées dans des secteurs où nous sommes peu présents, pour avoir une activité tout de suite significative dans un nouveau bassin géographique et densifier notre maillage territorial.

Nous visons des sociétés avec davantage de contrats privés, locaux, avec un fort intuitu personae, nous permettant ainsi d’utiliser notre importante capacité à nous engager, pour rassurer les clients et supporter le moins d’érosion de clientèle.

 

ETS – Quelles acquisitions avez-vous réalisé en 2021 ?

  1. L. – Nous n’en n’avons réalisé aucune.

 

ETS – Vous venez tout juste de racheter certains actifs de Procedo. Est-ce votre plus grosse acquisition ?

  1. L. – Non, dans le passé, nous avons déjà acquis des sociétés plus importantes, comme APRI en 2014 avec plus de 10 M€ de CA. L’activité reprise de Procedo représente environ 6,5 M€ de CA et nous permet principalement de renforcer notre implantation dans le quart nord-est du pays, ce qui était un objectif prioritaire. La qualité du portefeuille clients ainsi que des collaborateurs opérationnels nous a également convaincus.

 

ETS – Ces acquisitions ont-t-elles engendré une réorganisation du groupe ?

  1. L. – Non, pas particulièrement. Notre groupe est aujourd’hui parfaitement opérationnel et s’appuie sur une forte implication de notre direction générale sur le terrain, aux côtés de nos agents et de nos clients. A l’appui d’un suivi très précis de notre exploitation et d’un dialogue social permanent avec nos représentants du personnel, nous parvenons à un niveau élevé de satisfaction de nos clients et agents.

 

ETS – Avez-vous d’autres dossiers d’acquisitions en cours ?

  1. L. – Nous sommes toujours en veille. Nous recevons au moins cinq dossiers par mois, et ne nous interdisons l’examen d’aucune opportunité. Nous étudions actuellement une piste concernant une société de gardiennage d’un CA supérieur à 15 M€, qui est également un peu présente en sécurité électronique. Nous regardons également une société de sécurité électronique assez innovante dont le poids est d’environ 5 M€.

 

ETS – Justement, vous êtes pratiquement absent de la sécurité électronique. Quels sont vos objectifs dans ce domaine ?

  1. L. – Ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Nous avons inauguré il y a plus d’un an un PC de télésurveillance flambant neuf, qui sera certifié APSAD P3 en juin et a nécessité un investissement d’environ 1 M€. Nous détiendrons ainsi plusieurs milliers de raccordements de télésurveillance dans quelques mois.

Au début de cette année, nous avons signé plusieurs partenariats stratégiques avec des installateurs régionaux et nationaux de matériels de sécurité électronique. Nous allons développer notre présence en installation et maintenance de solutions globales dans ce secteur — alarme anti-intrusion, contrôle d’accès, vidéosurveillance et sécurité incendie ­—, dont on connaît les niveaux de rentabilité supérieurs à ceux de la sécurité humaine. Une quinzaine de personnes travaillent dans ce domaine, y compris en proposant une offre combinée surveillance humaine-sécurité électronique, tant à nos clients actuels qu’à des prospects.

Nous partons d’une activité de près de 2 M€ aujourd’hui ayant vocation à augmenter significativement dans l’avenir : nous nourrissons en effet de grandes ambitions en la matière pour les 24 mois à venir. Le développement dans la sécurité électronique est un objectif principal du groupe.

 

ETS – Allez-vous étendre votre activité à l’étranger ?

  1. L. – En 2019, nous avions étudié la possibilité de nous développer en Afrique francophone, mais dans le contexte économique et géopolitique actuel, ce n’est pas une priorité.

 

ETS – Quels sont vos segments de clientèle privilégiés ?

  1. L. – Etant historiquement partenaire de gros donneurs d’ordre publics, nous nous attachons à acquérir aujourd’hui davantage de clients privés, locaux, avec l’objectif d’atteindre prochainement un équilibre à 50/50. Par ailleurs, nous sommes en train de cibler une catégorie industrielle ou commerciale (hors grande distribution) pour là encore rationaliser notre portefeuille de clients.

 

ETS – Quels sont vos prévisions pour 2022 ?

  1. L. – Cette année, nous devons retrouver à peu près le niveau d’activité de 2019 en volume, et poursuivre notre croissance en rentabilité et en diversification, pour atteindre le seuil d’environ 140 M€. L’objectif à quatre ou cinq ans est de franchir la barre des 200 M€.

 

ETS – Les récentes discussions avec Samsic pour un partenariat ou une acquisition ont échoué. Quelle leçon en tirez-vous ?

  1. L. – Un échec ? Quel échec ? Nous discutons avec Samsic ou d’autres groupes toujours dans la même optique : comment trouver des solutions pour réaliser des économies, mettre en commun des moyens, établir des plateformes communes pour les services support. Cela afin de diminuer les coûts fixes et ainsi lutter contre la baisse tendancielle des marges de notre secteur, à l’appui d’une hausse permanente des coûts salariaux : hausse du SMIC, hausse des niveaux de la grille conventionnelle des salaires, etc. Il est toujours utile de dialoguer avec ses pairs, de se connaître, d’échanger dans une perspective d’amélioration.

 

ETS – Des rumeurs font état de discussions avec d’autres groupes pour un éventuel rachat de Mondial Protection. Qu’en est-il exactement ?

  1. L. – Une cession n’est pas à l’ordre du jour. Comme je viens de l’indiquer, nous dialoguons avec tous les acteurs de notre secteur, y compris d’ailleurs avec les organisations représentatives (ADMS, FFSP, etc.).

Et cela va continuer ! Mais aujourd’hui, nous sommes clairement dans une dynamique d’expansion, avec des projets de croissance, une équipe de direction et des collaborateurs pleinement engagés tous à leur niveau, pour la réussite de la grande famille que forme notre groupe. Mondial Protection a un bel avenir devant lui.

Propos recueillis par Patrick Haas

Rédacteur en chef