Afin de poursuivre son développement dans des zones sensibles, en raison notamment des risques terroristes, Akuo Energy, premier producteur indépendant d’énergie renouvelable en France, vient de mettre en place sa direction de la sûreté.
Principale mission de cette nouvelle entité : assurer la protection des biens et des personnes lors de la construction et de l’exploitation de la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’ouest située à Kita au Mali. « Ce projet ne constitue cependant qu’un premier pas en matière de sûreté, pour notre activité qui sera inévitablement amenée à se développer dans des régions à risques, souvent délaissées et peu fréquentées par les industries classiques », confie lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité, Camille de Ligny, coordinatrice sûreté et analyste Afrique, arrivée au comité de direction du groupe en juillet dernier.
Un chantier de 400 personnes au Mali
C’est en effet dans ces parties reculées du monde que cette jeune entreprise spécialisée dans le financement, la conception, la construction et l’exploitation de centrales de production d’énergie (éolien, biomasse, solaire…) compte bien se développer sur la base « de projets qui se doivent d’aller au-delà de la simple production d’électricité verte, en créant des bénéfices sociétaux supplémentaires en faveur des populations des territoires sur lesquels elle sont implantées », comme l’indique sa direction. En matière d’aide au financement, elle s’appuie notamment sur le fond américain Millenium Challenge Account, destiné à accélérer la croissance en vue de réduire la pauvreté par le biais de la croissance économique. Reste que de telles « bonnes intentions » ne suffisent pas à affranchir Akuo de tous les risques. Et pourraient même désigner l’entreprise française comme une cible de choix pour un mouvement radicalisé quel qu’il soit.
C’est notamment le cas à Kita, où le groupe a signé une convention avec l’État malien pour la construction et l’exploitation d’une centrale photovoltaïque 50 Mégawatts, d’un montant d’environ 85 M€. Le financement de ce projet entre dans le cadre d’un partenariat, conclut en 2013, entre le ministère malien de l’Énergie et de l’Eau et l’ONG R20, fondée en 2010 par l’ancien gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, qui soutient l’économie verte ainsi que les énergies renouvelables. « La construction de cette centrale solaire est prévue pour une durée de douze mois. Ce projet devrait employer jusqu’à 400 personnes, dont cinq à dix français installés sur place, ainsi que d’autres expatriés occidentaux, sans compter les voyages réguliers de personnes du siège. La priorité en termes de sûreté consiste donc à établir un audit et un plan de sûreté opérationnels », explique Camille de Ligny.
22 morts lors de l’attentat du Radisson Blu à Bamako
Désormais le personnel d’Akuo doit s’enregistrer avant de partir à l’étranger. La procédure varie en fonction de la sensibilité du pays visité. Cela va d’une fiche pays à une séance de sensibilisation ou même de formation sur les risques auxquels il pourrait être confronté. Les fiches pays traitent d’une part d’informations de base (taux de change, monnaie, le nom du président) et d’autre part d’informations relatives à la situation politique ou la pratique religieuse locale…. Une attention toute particulière est portée sur les risques sanitaires ou ceux liés aux transports. « Les voitures et les moustiques constituent les dangers les plus fréquents auxquels notre personnel peut être confronté », affirme la coordinatrice sûreté.
Située en effet dans une région épargnée par les djihadistes (concentrés pour l’instant dans le nord-est de ce pays deux fois plus grand que la France), la zone reste néanmoins classée orange sur le site de la diplomatie française, pour laquelle il est fortement déconseillé, sauf raison impérative liée notamment à des déplacements professionnels, de se rendre. Sans compter que toute visite sur le site implique nécessairement un passage ou un séjour à Bamako, théâtre le 20 novembre 2015 de la prise d’otage du Radisson Blu (22 morts), puis de l’attaque terroriste contre le quartier général de la mission militaire européenne EUTM le 21 mars 2016.
Des agents de sécurité non armés
Pour ces raisons, Akuo a fait appel pour la rédaction des plans de sécurité, à la société Sequentys, spécialisée dans la gestion et la prévention des risques à l’international et notamment dans les zones de conflit. « De même, au Mali, nous travaillons en collaboration avec un Security Manager local qui supervisera la sécurité sur le site, mais également celle du personnel lors de leur arrivée à Bamako, » indique Camille de Ligny. Les collaborateurs locaux dorment chez eux et le personnel expatrié est logé sur place. Le gardiennage, la sécurisation et le contrôle d’accès sera assuré par une société de surveillance locale, dont les agents ne sont pas armés.
« Ma mission consiste également à faire connaître l’entreprise auprès des services de l’Etat et préserver une relation de confiance avec eux. Notamment avec les attachés de sécurité intérieure de toutes les ambassades. Mais également le département de la DGSI en charge de la protection du patrimoine des entreprises françaises implantées à l’étranger », ajoute Camille de Ligny. Un réseau indispensable pour cette société qui s’apprête à s’implanter au Tchad, au Maroc, en Egypte ou en Guinée.
Camille de Ligny : du droit international à la sûreté
Akuo Energy en chiffres
• 300 collaborateurs
• 170 M€ de CA
• 962 mégawatts grâce à 49 centrales en exploitation ou en construction dans 13 pays (dont 20 éoliens, 30 solaires, 4 de biomasse et 2 hydrauliques)
Enquête réalisée par Pierre-Olivier Lauvige