Agents armés : LPN se prépare activement

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Tibor Vass : “La demande pour les agents armés pourrait dépasser les 10 0000 d’ici cinq à dix ans”.

 

LPN, qui a été en 2015 la première société de sécurité à être habilitée en France pour des prestations d’agents armés, met en place son organisation afin de proposer ce type de service lorsque les derniers textes réglementaires seront publiés, annonce Tibor Vass, son PDG, au cours d’un entretien exclusif accordé à En Toute Sécurité.

« Nous avons acheté un immeuble de 600 m² à Boulogne Billancourt qui abrite notre nouvelle école de formation pour la partie théorique, tandis que nous inaugurerons le mois prochain un centre de tir d’une surface d’un hectare, situé à proximité de Paris », indique le dirigeant, qui a été nommé président de la commission « agents de sécurité armés » de l’USP.

Deux ou trois contrats comportant des agents armés « sont prêts à être signés », impliquant une quarantaine d’hommes, précise Tibor Vass. Même s’ils sont déjà formés aux armes à feu, ces agents suivront une nouvelle formation pour être en conformité avec les arrêtés officiels, dont la publication est attendue d’ici cet été. Les cursus de formation pourront également être destinés à d’autres sociétés de sécurité, y compris dans le cadre de contrats de partenariat. L’infrastructure permet de former vingt personnes simultanément, à raison de 218 heures après l’obtention du CQP APS. Les investissements en équipements s’élèvent à environ 0,12 M€.

LPN a protégé avec des agents armés les locaux de Charlie Hebdo après l’attentat subi en janvier 2015 par l’hebdomadaire satirique. De plus, il effectue ce type de prestation à l’étranger, employant près de cinquante agents armés. La société dispose d’une filiale au Nigeria depuis 2010, en Hongrie depuis 2013 et en a ouvert une au début de cette année au Brésil.

 

Les arrêtés sur les agents armés ne sont toujours pas publiés

Cinq arrêtés devraient être publiés prochainement afin de permettre à des agents armés d’exercer leur activité avant la fin de l’année. Il s’agit d’un texte sur la formation initiale et les entrainements annuels, d’un texte sur la mise à niveau des compétences (MAC), d’un arrêté sur la certification des organismes de formation, d’un arrêté technique et d’un schéma d’accréditation par le Cofrac (Comité français d’accréditation). La loi a été votée en février 2017 et le décret est paru en décembre suivant.

L’activité d’agent armé doit être exclusive, ce qui implique la création d’une entité juridique dédiée (voir ETS n°599 et 649). Cette dernière doit tout d’abord recevoir une autorisation d’exercer de la part du CNAPS (accompagnée d’une liste prévisionnelle des agents concernés et du nom du responsable du respect des règles de conservation et de transport des armes). Elle doit aussi recevoir une autorisation préfectorale de détention d’armes et pour la mission armée (demande écrite du client, promesse de contrat, note sur les conditions de transport).

L’employeur sera responsable des armes et celles-ci ne peuvent être conservées par l’agent en dehors de son service. Le nombre d’armes, par type d’armes prévues, détenues par l’entreprise ne peut être dépassé de plus de 20% du nombre d’agents autorisés. Le public doit être informé par le donneur d’ordre de la présence d’agents armés sur un site.

Les organisations professionnelles concernées ont demandé certaines précisions ou modifications qui sont en cours d’examen.

 

« Je pense que la demande pour des agents armés ira bien au-delà des 2000, chiffre qui est souvent cité. Si l’on songe que cela concerne les sites qui peuvent être la cible d’une attaque terroriste, on dépassera 10 000 personnes d’ici cinq à dix ans », prédit Tibor Vass. Il souligne néanmoins que leur mission ne changera pas fondamentalement. Sur ce créneau de la formation, il y aura de la place pour tout le monde, estime le dirigeant qui est épaulé par Gérard Vilatte, ancien commandant de police judiciaire et du SCTIP en charge des opérations. Il prévoit qu’une grande majorité des agents de sécurité seront équipés d’une arme de catégorie D (tonfa, matraque télescopique, bombe lacrymogène).

 

Diversification dans la sécurité électronique

Par ailleurs, LPN vient de se lancer dans l’installation de systèmes de vidéosurveillance pour le compte de ses clients. Cette activité a généré quelques dizaines de milliers d’€. Afin de se développer dans le sud de la France, deux filiales ont été créées à Marseille.

Régulièrement rentable, LPN, qui est également présent dans la protection rapprochée (CA de 0,1 M€), a réalisé un CA de 8 M€ en 2017 contre 6 M€ l’année précédente (voir ETS n°630) et vise une activité similaire cette année. Devant l’ampleur de sa réorganisation, la société a stoppé ses efforts de commercialisation, mais elle recherche dorénavant un responsable commercial.

Ses clients sont surtout dans l’industrie du luxe (50% du CA), la distribution (30%), l’industrie, la banque et les média (20%). La société a été en discussion sur deux dossiers de croissance externe qui n’ont pas abouti : une société de sécurité électronique pesant 0,3 M€ et une société de gardiennage dans l’Est de la France, de taille similaire.