Adit : intégrer Geos sans dénaturer

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Malgré le rachat de Geos par l’Adit en janvier (voir ETS n°665 et 668), les deux entités respectivement spécialisées dans la sécurisation des sites sensibles et l’intelligence économique, comptent bien offrir aux entreprises désirant se développer dans les pays à risque, un service « sans couture » en matière de sûreté, tout en conservant la gouvernance et l’identité du rachetant, comme du racheté.

« Ce rapprochement est le résultat d’une vision que nous avons eu très en amont. Depuis la crise des subprimes, les marchés sont stagnants. Les entreprises doivent donc aller chercher de nouveaux contrats là où il y a de la croissance. Et le plus souvent celle-ci se trouve dans les pays instables en termes réglementaires, politiques ou face au risque terroriste », confie Jean-Pierre Vuillerme, vice-Président de l’Adit, lors d’une interview exclusive à En Toute Sécurité.

Ces territoires à fort potentiels mais à forte exposition se révèlent comme les terrains de prédilection de l’Adit pour ses missions en matière d’intelligence économique qui consistent notamment à identifier les chaussetrappes que présentent les réseaux diplomatiques et de pouvoir. L’Adit savait jusqu’alors identifier de telles opportunités mais avait du mal à accompagner ses clients dans leur développement sur ces zones qualifiées de crisogènes.

« Nous sommes ainsi à l’origine en 2010 du Centre français des affaires à Bagdad. Mais à l’époque nous ne savions pas assurer la protection d’une entreprise désirant s’implanter dans ce pays. Aujourd’hui, la reconstruction de l’Irak représente un marché évalué à mille milliards de dollars », explique Jean-Pierre Vuillerme D’où le rachat de Geos, afin que la nouvelle entité puisse désormais proposer un continuum sécurité aux sociétés, depuis leur prise de décision, jusqu’à leur implantation.

 

Fertilisation croisée

Pas question cependant pour le seul acteur français désormais capable de rivaliser avec les géants anglo-saxons du secteur de toucher aux structures et au management des deux entités. Au risque de dégrader l’efficience de chacune d’elle.

« Il s’agit d’une fertilisation croisée. Geos est en plein redressement et la complémentarité de nos deux métiers nous affranchit de toutes problématiques de rivalité. De même, les deux marques, Geos et Adit, bénéficient d’une forte notoriété sur leurs marchés respectifs. Ce serait donc une erreur d’en privilégier l’une par rapport à l’autre ou même d’en changer », assure Jean-Pierre Vuillerme.

Enfin, Philippe Caduc, directeur général de l’Adit et Didier Bolelli, président de Geos, se connaissent de longue date et partagent la même vision. « Il n’y aura donc pas de modification dans les organigrammes, ni de création d’un comex chapeautant les deux entités. Nous voulons privilégier la qualité des relations entre les personnes plutôt que de mettre en place une organisation trop institutionnelle et structurée, qui nuirait à notre approche du marché », ajoute le vice-président. Celui-ci reste cependant très discret sur le montant du rachat.

Séduisant sur le papier en matière d’opportunités commerciales, ce rachat constitue dans tous les cas un formidable levier de valorisation financière. Serge Weinberg vient en effet de donner le coup d’envoi pour la vente de 66% de ses parts qu’il détient via le fonds Weinberg Capital, aux côtés de Bpifrance (43%) et de l’Etat. « Cette opération était prévue de longue date. Un fond d’investissement ne reste généralement pas plus de 4 ou 5 ans au capital d’une société et nous arrivions à échéance », indique Jean-Pierre Vuillerme. L’Etat reste détendeur d’une golden share, c’est-à-dire d’une action spécifique qui lui donne un droit de veto sur l’ensemble du capital, et va limiter l’entrée au capital à des fonds français.

L’opération ouvre cependant la porte à d’autres opérateurs hexagonaux du secteur. Dont Amarante, filiale du groupe de sécurité Seris qui vient de remporter le contrat de protection des personnels européens chargés d’apporter à Bagdad une assistance technique au gouvernement irakien, et la protection de la délégation de l’Union Européenne en Afghanistan.